DUEL FACE A DAN SNOW

Il y avait du bifteck au menu avant le bicentenaire de la bataille de Waterloo de 2015, il faut bien prendre des forces avant un duel. Le journal Slate.fr avait relevé, signé du journaliste Dan Snow, un article du quotidien britannique The Telegraph daté du 14 mars 2015, et dans lequel on peut lire :

Les Français devraient mettre fin à leur histoire d’amour avec Napoléon. C’était un dictateur brutal et impitoyable. Au lieu de piquer une crise à propos de la pièce commémorative de Waterloo, la France devrait célébrer la chute de Bonaparte avec le reste de l’Europe !

Désolé, je vais être un peu long, mais, à la lecture de cet article, j’ai pris un coup de sang, et je me suis dit :

« Y’en a marre » des diatribes anglaises contre Napoléon.

L’ATTENTAT CONTRE NAPOLÉON

En effet, ce que ne précise évidemment pas Dan Snow – ce serait gênant pour la démonstration – et qu’il importe donc de rappeler, c’est que le gouvernement anglais de l’époque, celui de l’honorable William Pitt, fit, en les payant, des royalistes français de ce temps les précurseurs des répugnants poseurs de bombe d’aujourd’hui :

le 24 décembre 1800, un baril de poudre placé sur une charrette sur le trajet que devait suivre le Premier Consul Bonaparte explosait. Mais les pieds-nickelés royalistes ayant mal réglé la combustion de la mèche faisant office de détonateur, Bonaparte s’en tira indemne.

Bilan : une vingtaine de personnes tuées, et une cinquantaine d’autres mutilées. Et à l’époque, pas d’anesthésie ! La scie à vif ! Parmi les victimes, la petite fille de 14 ans à qui le chef du triste « commando » avait donné à tenir la bride du cheval attelé à la charrette portant le baril.

Alors, un peu de décence, Mr Snow !

L’ASSASSINAT DE PAUL 1ER

L’année suivante, le Tsar Paul 1er, qui, après l’avoir combattu lors de la deuxième Coalition, s’était rapproché de Bonaparte, fut assassiné le 23 mars 1801, sur ordre du gouvernement anglais.

Phantasme ? : « Paul 1er avait été victime d’une conspiration de palais où se trouvèrent l’or et la main du gouvernement britannique ».

C’est signé Louis XVIII !

Il est vrai que Russie et France « main dans la main », c’en était fini de l’Angleterre de ce temps et de ses machinations. Dommage pour la France. Dommage pour l’Europe. Cela valait bien un petit assassinat.

L’ATTAQUE CONTRE LE DANEMARK

Mr Snow, vous connaissez ? Qu’en dites-vous ?

Ce petit pays tranquille avait refusé de se joindre à la « croisade » anti-française.

Première punition en 1801, puis, une autre, plus sévère, en 1807 : sans déclaration de guerre, le Danemark fut attaqué par une force de 26 000 hommes transportés par 35 vaisseaux de ligne, 12 frégates et un important convoi de transport de troupes. Effectifs danois : 5 000 hommes !

Incendiée par un bombardement intensif, Copenhague ne fut sauvée de la destruction totale que par la décision du gouverneur de signer la convention imposée par les Anglais, qui s’emparèrent de la flotte danoise et détruisirent les navires qu’ils ne purent saisir.

Commentaire d’un professeur à l’University College London :

« On ne peut ignorer que cette opération, justifiée ou non, fut une agression gratuite lancée contre un État neutre, et qu’elle s’accompagna d’un bombardement destiné à terroriser une population civile ».

Et il ajoute que ce fut la « première fois dans l’Histoire moderne que l’on employa cet abominable moyen [le bombardement] contre une grande ville d’Europe. »

Le duc de Wellington, futur vainqueur (célébré) de la bataille de Waterloo participa au massacre de la capitale danoise. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le cheval qui le portait en cette occasion se nommait… Copenhague !

L’AUTRE « DÉTAIL », LES PONTONS

Mr Dan Snow, avez-vous entendu parler de ces navires déchus embossés à l’écart des ports ou dans des estuaires, et à bord desquels vos compatriotes de l’époque entassaient des prisonniers de guerre français par milliers ?

Hublots et sabords fermés pendant 16 heures par jour. Impossibilité de se tenir debout. Nourriture pourrie, vermine et crasse. Les malheureux, qui recevaient un peu d’argent de leurs familles, étaient le plus souvent volés par des agents véreux du Trésor anglais. Déchéance assurée. Les prisonniers qui succombaient n’étaient déclarés qu’au bout de cinq à six jours : conserver les cadavres permettait aux survivants de bénéficier de leurs rations.

Je n’ai pas la place de développer davantage ce tableau de l’abjection. Certains restèrent plusieurs années à croupir sur un ponton. C’est, entre autres, le cas de Louis Garneray, officier de marine et peintre, qui resta huit ans enfermé dans un ponton mouillé en rade de Plymouth. Les témoignages de victimes abondent.

Alors, Mr Snow, un peu de décence !

LORD KITCHENER

Je rappelle enfin – mais il y aurait encore beaucoup à dire – que le camp de concentration est une invention anglaise.

Plus précisément de Lord Kitchener, commandant des troupes anglaises en Afrique du Sud, dans les années 1899-1902, pendant la deuxième guerre des Boers.

Celui-ci fit enfermer dans des camps de concentration quelque 120 000 Boers, soit environ le quart de la population : femmes, enfants (une vingtaine de milliers d’entre eux y succombèrent de famine et de maladies infectieuses), vieillards, et plus de 120 000 Africains.

Il existe une effroyable photographie d’une petite fille de sept ans dont le père refusait de se rendre aux Anglais – elle se nomme Lizzie van Zyl – morte en 1901 de privations et de la typhoïde dans le camp de concentration de Bloemfontein en Afrique du Sud. Ce document ne déparerait pas ceux qui illustrent les camps nazis.

Mais, comme l’écrit sans vergogne l’estimable journaliste du « Telegraph », Napoléon « était un dictateur brutal et absolument impitoyable ».

DES LÂCHES AU GOUVERNEMENT

Napoléon et le Premier Empire ne pourront être débarrassés de ces diatribes sordides qu’à l’occasion d’une refonte totale de l’histoire de cette époque, c’est-à-dire débarrassés des « miasmes putrides » véhiculés et entretenus par l’Angleterre.

Ne nous leurrons pas, cela ne se fera jamais.

En 2005, comme des lâches, nos politiques du moment se sont défilés honteusement pour échapper à la commémoration de notre victoire d’Austerlitz, la première du jeune empire français attaqué par les forces de la troisième Coalition. Ce faisant, ils ont insulté à la mémoire de Napoléon et à celle des soldats français tombés dans cette campagne. Par leur participation au bicentenaire de notre spectaculaire défaite navale de Trafalgar, ils ont récidivé sans pudeur, et humilié le pays devant les Anglais, en associant à cette mascarade le navire emblématique de notre Marine nationale, le porte-avions « Charles de Gaulle ».

Cette fois encore, les politiques ont insulté à la mémoire de Napoléon et à celle des marins français – et espagnols, nos alliés du moment – qui ont péri dans l’affrontement. Nous avons donc tout à craindre des fiestas de Waterloo, car la meute se déchaînera, et nous, comme à l’accoutumée, nous courberons obséquieusement l’échine.

D’AUTRES LÂCHES

Et ne comptons pas sur les historiens français « estampillés » napoléoniens pour répondre comme il conviendrait de le faire à ce journaliste du « Telegraph » – et à d’autres – car, lorsqu’elle s’éloigne de la doxa en vigueur, la vérité sur Napoléon et sur l’Angleterre de ce temps n’est jamais bonne à dire.

Mais pourquoi donc rampons-nous ainsi devant ce pays ?

Ne comptons pas non plus sur l’Éducation nationale, foyer d’infection plus que source de savoir, au moins historique.

TOUJOURS LE DUEL FRANCO-ANGLAIS

Il aura fallu à l’Angleterre onze années de coups tordus et 66 millions de livres-or pour venir à bout de celui qui menaçait son hégémonie, et, pendant toute la durée du Consulat et de l’Empire, elle fut un adversaire retors et déloyal.

Cet article démontre qu’il en va de même aujourd’hui.

Et le plus piquant de l’affaire est que, à l’occasion de l’inauguration de l’exposition consacrée à la bataille au musée de Waterloo en présence d’un descendant de Wellington, les propos « bisounours » fleurissent dans la presse. On nous parle d’un événement qui rapproche au lieu de séparer, qui apaise au lieu d’attiser les rancunes, etc. etc.

Et dans le même temps, le « Telegraph » nous envoie à la figure ses insultes grossières sur Napoléon.

De qui se moque-t-on ?

Des affirmations aussi indécentes, aussi diffamatoires, aussi injurieuses que celles assénées par ce représentant du « Telegraph » sont insupportables, inacceptables, et le plus triste, c’est que nombre de Français souscrivent sans réfléchir à cette falsification éhontée de Napoléon et de son histoire.

Un cas d’école de désinformation « exemplaire ».

Au fait, pourquoi Dan Snow se croit-il autorisé à nous donner des leçons ? Quelle est sa légitimité à le faire ? Où a-t-il vu une quelconque « histoire d’amour » entre les Français et Napoléon ? En rêve ? En cauchemar ? Et quel sens de l’observation !

ET À LA FIN DE L’ENVOI…

Pour terminer, je le dis crûment et sans fioritures : C’est vous, ministres conservateurs du gouvernement Pitt et successeurs, qui, en rompant délibérément la paix d’Amiens au mois de mai 1803, et en dédaignant les offres de paix que Napoléon vous a faites aussitôt monté sur le trône, êtes les premiers responsables de ces morts et de ces blessés de toutes nationalités qui ont endeuillé les années 1804-1815, et il faut que vous ayez encore bien des choses sordides à dissimuler pour continuer de vous acharner ainsi contre un homme que vous n’avez jamais cessé d’insulter, de harceler, tout en poussant les autres à faire la guerre à votre place.

Enfin, suprême et minable vengeance de la peur qu’il vous a inspirée, vous avez refusé que son tombeau de Sainte-Hélène portât ce titre d’Empereur que lui reconnaissaient toutes les monarchies d’Europe.

Vous êtes méprisables.

J’ai, à plusieurs reprises, utilisé le mot « décence ». S’agissant de Napoléon, je m’interroge : Mr Dan Snow et les Anglais en général connaissent-ils la signification de ce vocable ?

La réponse s’impose d’elle-même.

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1 Réaction

  1. girardin yvon 10 avril 2015 at

    TOUT SIMPLEMENT BRAVO A « MONSIEUR DAMAMME ».Je n’ai rien a rajouter;tout a été dit et bien dit.

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