ÉTRANGETÉS D’UN MARIAGE – NAPOLÉON & JOSÉPHINE

Début février 1796, le général Napoléon Bonaparte et Joséphine (Marie-Josèphe Rose Tascher) décidèrent de se marier – publication du 7 février, 17 ventôse an IV. A l’époque, l’annonce de ce mariage surprit et dérangea l’entourage à cause de leurs différences :

Joséphine, âgée de 32 ans, veuve du général Alexandre de Beauharnais, mère de deux enfants. Napoléon, âgé de 26 ans, sans enfant

Bien que fort séduit, Napoléon comprit aussi tout l’avantage de s’unir avec l’amie intime de Paul Barras, l’homme fort du gouvernement de la Première République française.

Le 9 mars, après 22h00, le mariage fut prononcé à la mairie du 2e arrondissement de Paris, à l’hôtel Mandragon, rue d’Antin. Le 18 mars, le contrat fut enregistré et les copies authentiques destinées aux époux furent envoyées.

AUTORITÉS PRÉSENTES

Collin-Lacombe, commissaire
Maurice-Jean Raguideau de La Fosse, notaire
Étienne-Gabriel Jousset, notaire.

TÉMOINS DES MARIÉS

Paul Barras, membre du directoire exécutif
Le capitaine Jean Lemarois, aide-de-camp de Napoléon
Jean-Lambert Talien, membre du corps législatif
Étienne-Jacques-Jérôme Calmelet, homme de loi.

ÉTRANGETÉS DU CONTRAT

Pour se conformer aux mœurs de l’époque, les âges des mariés ont été modifiés. Joséphine est rajeunie de quatre ans, soit 28 ans, et Napoléon est vieilli d’un an, soit 28 ans, né le 5 février 1768 au lieu du 15 aout 1769 ; cette date est antérieure au 15 mai 1768, date du traité de Versailles attestant l’occupation et l’administration de la Corse par le Royaume de France.

L’adresse du domicile de Napoléon n’est pas rue d’Antin, mais rue Neuve des Capucines, aujourd’hui rue des Capucines.

Napoléon est désigné comme général en chef de l’armée de l’Intérieur, alors que le 2 mars, il fut nommé commandant en chef de l’armée d’Italie.

La minute du contrat fut signée le 8 mars devant les notaires Raguideau de La Fosse et Jousset et en présence du capitaine Lemarois.

Charles-Théodore-François Leclercq, officier public de l’état-civil du 2e arrondissement du canton de Paris, est désigné comme autorité du mariage, mais il partit avant et fut remplacé par le commissaire Collin-Lacombe.

L’article 1er du contrat indique que les époux ne seront nullement tenus des dettes et hypothèques l’un de l’autre, mais 3 ans plus tard, le 18 avril 1799, une apostille du tribunal civil de la Seine vint se joindre au contrat, attestant l’inscription d’un acte privé sur un registre public. En effet, pendant que Napoléon était en Orient, Joséphine demanda la séparation des biens avant son achat du château de Malmaison. Elle emprunta pour cela des sommes que son mari rembourserait personnellement à son retour.

EXTRAIT ORIGINAL

« Par devant les notaires à Paris soussignés, furent presens Napolione Buonaparte, général en chef de l’armée de l’Intérieur, demeurant à Paris, rue d’Antin…, originaire d’Ajaccio en Corse, fils de défunt Charles Buonaparte et de Letizien Ramolini, son épouse, actuellement sa veuve, stipulant pour lui et en son nom, d’une part, et Marie Josephe Rose Tascher, veuve d’Alexandre François Marie Beauharnais, duquel elle a deux enfans, Eugène et Hortense, demeurant à Paris, rue Chantereine…, la dite citoyenne née en l’isle Martinique du mariage de Gaspard Tascher, capitaine de Dragons et Rose Claire Des Vergers, son épouse, stipulant pour elle et en son nom, d’autre part, lesquelles parties, dans la vue du mariage proposé entre elles en ont arrêté les conditions civiles ainsi qu’il suit.

Article 1er. Il n’y aura aucune communauté de biens entre les futurs époux… en conséquence les futurs époux ne seront nullement tenus des dettes et hypothèques l’un de l’autre.

Article 2e. Chacun des futurs époux jouira à part et divisément des biens, droits et actions tant meubles qu’immeubles lui appartenant et pouvant lui appartenir par la suite à quelque titre et à quelque cause que ce soit et en quoi qu’ils puissent consister… la future épouse ne restant tenue de recourir à l’autorisation de son mari que pour les actes qui emporteroient aliénation de ses capitaux. Le futur époux autorise d’ailleurs la future épouse à continuer les fonctions de la tutelle qui lui a été déférée des deux enfans mineurs issus de son premier mariage…

Article 3e. Chacun des futurs époux contribuera pour moitié aux charges du mariage.

Article 4e. Le futur époux constitue à la future épouse un douaire de quinze cens livres de rente annuelle et viagère, valeur ancienne…

Article 5e. Arrivant la dissolution du mariage, la future épouse et ses héritiers reprendront : 1° les habits, linge, hardes, dentelles, argenterie, bijoux et diamants à l’usage personnel de ladite future épouse, 2° tous les meubles et autres objets mobiliers et quelqu’espèce qu’ils soient que la future épouse ou ses héritiers justifieront avoir été acquis par elle ou autrement lui appartenir.

Article 6e. La future épouse déclare et le futur époux reconnois que les meubles, linges, l’argenterie, et généralement tous les biens meubles corporels dont la future épouse est maintenant en possession appartiennent à la communauté qui a subsisté entre elle et son premier mari et qui a continué avec ses enfans, faute par elle d’avoir fait faire inventaire dans le délai prescrit par la loi. Que la future épouse fait actuellement procéder à cet inventaire et qu’il est sur le point d’être mis à fin. Qu’elle, future épouse, ne peut déclarer maintenant le montant de sa fortune parce que tout dépend de la question de savoir si elle acceptera la communauté ou si elle y renoncera, ce à quoi elle ne peut se déterminer qu’après la confection dudit inventaire… »

Apostille du tribunal civil de la Seine datée du 18 avril 1799 : « Insinué à Paris au bureau établi près le tribunal civil du département de la Seine le vingt neuf germinal an sept (18 avril 1799)… et transcrit tout au long les articles premier et cinq au registre de forme dudit tribunal… à la réquisition du porteur qui a signé sur ledit registre et a été averti de la déclaration à faire dans les six mois du décès du prémourant et de réitérer l’insinuation de l’article premier relatif à la non communauté au greffe du tribunal civil… »

Le dimanche 21 septembre 2014, lors d’une vente aux enchères à Rueil-Malmaison, le Musée des lettres et des manuscrits de Paris a acquis pour 350000 euros (437500 euros, taxes comprises) le contrat de mariage liant le général Napoléon Bonaparte à Marie-Josèphe Rose Tascher dite Joséphine. Cet exemplaire est celui de l’Impératrice Joséphine. Les Archives nationales conservent celui de l’Empereur Napoléon 1er.

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