GUERRES DE NAPOLÉON – SPEAK ENGLISH – 2

Avant de lire cet article, le lecteur s’assure d’avoir pris connaissance du premier épisode « Guerres de Napoléon, la langue des Tories » pour se mettre dans l’ambiance.

« Guerres de Napoléon » était le titre d’une exposition au château de Versailles en 2012. Pourtant, le thème de l’exposition avait pour vocation de montrer les œuvres et l’élaboration artistique de Louis-François Lejeune, général et peintre du Premier Empire. Il n’était donc pas obligatoire d’employer le mot « Guerres », ni le nom « Napoléon ».

ALORS POURQUOI CHOISIR CE TITRE ?

Est-ce parce que Napoléon est une « marque » (ça fait vendre) ? Comme l’avait précisé le « Pape de la Napoléonie », Jean Tulard de l’Institut. Était-ce pour l’année du bicentenaire de la campagne de Russie ? Probablement un hasard du calendrier, comme il est coutume d’employer dans les hautes sphères. Il est donc proscrit de penser que les organisateurs aient cherché à influencer le public en faisant un rapprochement entre ce « fameux titre » et les désastres de la Grande Armée en Russie.

Une certitude, ce sont bien Madame la conservatrice en chef au Musée national des châteaux de Versailles, commissaire de cette exposition, et la papauté tulardienne qui ont certifié conforme ce « fameux titre », sans qu’il y ait une seule objection. Enfin si, il y en avait une, c’était celle du Carré Impérial qui avait torpillé cette mascarade par le titre « Guerres des Tories », que beaucoup n’ont pas encore « pigé », malheureusement.

Bien qu’il était question de rendre hommage au général Lejeune et de comprendre la fabrication de ses œuvres, le communiqué de presse indique les deux objectifs suivants (Bien retenir les termes employés) :

– Poser la question de la « vérité historique ».

– Soulever la question de l’objectivité. Comme les bulletins de la Grande Armée, les œuvres de Lejeune se donnent pour vraies. Mais entre la propagande et son histoire personnelle, le spectateur a du mal à démêler le vrai du faux. (sic).

KEEP CALM AND SPEAK ENGLISH

Tout au long de cette visite, l’idée était sûrement de vous faire penser « à l’anglaise »…

L’exposition commençait d’entrée de jeu par une grande affiche en anglais :

NAPOLEON’S WARS

Et au cas où des visiteurs n’auraient pas encore compris que le règne de Napoléon est synonyme de « guerres », il était rappelé à la sortie, par une grande affiche, aussi :

1815, PEACE IS BACK

Ce qui, en langage « tory », voulait tout simplement dire « buvez à la santé des Blücher et Wellington, Vive Waterloo, la paix est revenue, enfin ! »

Et de faire passer Napoléon pour le boucher, l’agresseur, l’envahisseur…

Avec comme référence, le tableau de la bataille d’Eylau (celui de Meunier) et son interprétion habituelle : « boucherie », « chef d’œuvre de propagande », « manipulation de l’image par le pouvoir ».

Guerres de Napoléon

Avec la mention « blocus continental de Napoléon » (en réponse à quoi ?).

Avec la mention « les troupes napoléoniennes envahissent l’Espagne » (en réponse à quoi ?)

Anecdote : un guide de visite illustré du mensuel Historia (auteur « des pantalons de Napoléon parlent », du très très haut niveau scientifique) était offert pour « disposer des grandes clés de compréhension ».

Petites précisions pour « soulever la question de l’objectivité », ce qu’a prôné l’exposition :

– Pas un mot sur ceux qui avaient déclaré les sept coalitions.

– Pas un mot sur les paix signées de Napoléon 1er.

– Pas un mot sur ceux qui n’avaient pas respecté les accords de paix.

– Pas un mot sur le roi d’Angleterre George III et son fils, pas un mot sur les agressions britanniques, sur leur blocus maritime déclaré avant le blocus continental français.

Et l’Espagne ?

– Pas un mot sur les bienfaits du règne du frère de Napoléon, José 1er, sur l’absolutisme de Ferdinand VII, sur la destruction de la manufacture de porcelaine de Madrid (elle concurrençait celle de Londres, ordre de Wellington qui a fait croire aux Espagnols que l’acte était français), sur les détrousseurs de grands chemins, les condamnés de droit commun et les déserteurs de toutes nationalités qui, en recevant de l’or des Britanniques, se chargeaient de mettre le bordel dans les cités espagnoles. Les scènes de guérilla font croire à une révolte nationaliste des Espagnols, alors que ce peuple n’était que le dindon de la farce britannique.

Proscrit sûrement d’expliquer les causes… Tories, et les conséquences… Ferdinand VII.

Guerres de Napoléon

LA PAIX REVENUE APRÈS WATERLOO ?

– Pas un mot sur les mouvements insurrectionnels qui se sont multipliés en Europe, après 1815, comme par exemple en Angleterre, en Espagne, en Pologne, en Belgique. Des mouvements insurrectionnels qui ont été sévèrement réprimés par la caste absolutiste, mais le comité « scientifique » – ainsi se proclame la bande des docteurs en Histoire de cette exposition – n’a sûrement pas cru intéressant de le montrer au public.

LE MOT « PROPAGANDE »

Sur le site internet du Château de Versailles, il est écrit que les œuvres exposées sont « à la fois des documents historiques des guerres de la Révolution et de l’Empire et des instruments de propagande en faveur de Napoléon ».

Des instruments de « propagande » ?

La définition du mot « propagande » sur Wikipédia annonce la couleur : il y a un paragraphe sur Napoléon, voisin des paragraphes sur Hitler et Staline. Le lecteur jettera un coup d’œil.

Pourquoi qualifier les œuvres de Lejeune, fruit de plusieurs années de travail, d’instruments de propagande ? Rappelons au lecteur, qu’à l’époque, l’appareil photo et le smartphone n’existaient pas. Alors comment témoigner les grands événements de « cette époque » ?

Sur le communiqué de presse, il est écrit que « les événements du 2 et 3 mai 1808 (à Madrid) sont bien connus, ils ont été immortalisés par le peintre Goya ». En effet, c’est bien connu. Saviez-vous que c’est Ferdinand VII qui a ordonné à Goya de peindre ces toiles, en 1814, après le départ des Français ? Des instruments de propagande, non ?

Petits exemples de l’écart, en années, entre le fait historique et la réalisation finale d’une œuvre :

– La bataille de Lodi du 10 mai 1796, esquisse finalisée en 1804 .

– La bataille du Mont Thabor du 16 avril 1799, esquisse finalisée en 1804 .

– La bataille d’Aboukir du 25 juillet 1799, esquisse finalisée en 1804 .

– La bataille des Pyramides du 21 juillet 1798, tableau finalisé en 1806 .

– Le bivouac de Napoléon à la veille de la bataille d’Austerlitz, 1er décembre 1805, tableau finalisé en 1808 .

Après 1815

– Le combat de Guisando au col d’Avis, tableau finalisé en 1817.

– La bataille de la Moskova du 7 septembre 1812 , tableau finalisé en 1822.

– Réception au cantonnement anglais à Mérida, tableau finalisé en 1828.

– Épisode de la campagne de Prusse en 1807, tableau finalisé en 1842.

Cette exposition, aux 120 œuvres et au château de Versailles, n’était donc pas de la petite entreprise, au contraire. Une exposition à succès, car avec un lieu si prestigieux, les visiteurs peuvent se compter par milliers par jour, et ils viennent du monde entier. Des milliers de visiteurs qui ont eu en tête ce « fameux titre », et ont pu le faire partager, par la suite, à leur entourage.

À la sortie, fleurissaient tous les livres de Thierry Lentz, directeur de la fondation Napoléon, et de Jean Tulard de l’Institut (ne pas oublier, de l’Institut). Ainsi, la « propagation » – on ne va pas dire propagande – des « Guerres de Napoléon » était assurée avec ces deux vedettes, carrées comme une boite d’allumette. Quant à l’ouvrage « Les Aigles en hiver » (éditions Plon), un pavé (828 pages) de Jean Claude Damamme traitant de la campagne de Russie, il était dans la catégorie des « introuvables », et en toute « objectivité ».

Cet article a pour seul devoir de montrer l’existence d’un double langage ou d’un usage de mots pouvant influencer le public, et l’induire en erreur.

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