GUERRES DE NAPOLÉON – LA LANGUE DES TORIES – 1

Dans les années 2000, nous avions remarqué des assertions au sujet de l’Histoire napoléonienne. Ce phénomène existait déjà juste après la bataille de Waterloo, et nous remercions le général Gourgaud d’être sorti de son silence pour témoigner au nom de la Grande Armée (1).

De plus en plus, nous observions des invectives à l’égard de Napoléon, mais aussi de l’ignorance. Même certains historiens au label « napoléonien » semblaient consentir. C’est parce qu’il n’y avait pas de réaction, qu’est née l’idée, en 2008, de fonder le Carré Impérial, un moyen de contrebalancer, de riposter, de réellement rétablir la vérité, et avec l’honneur que connaissent les combattants de terrain.

Pour reprendre l’expression de Jean-Claude Damamme :

C’est le courage d’un commando qui n’a pas froid aux yeux

Nous savions que notre mission serait semée d’embûches, de contre-temps, et de divisions, que puisque nous formions un carré pour la défense de l’Histoire napoléonienne, nous allions, comme Napoléon et ses compagnons, être confrontés aussi aux invectives et à l’ignorance.

Mais tant qu’il y a aura un souffle de vie, nous bougerons toujours.

LES MÉDIAS « MAINSTREAM »

Documentaires télé sur Arté, sur France 2, émissions radio sur Europe 1, sur France culture, la presse papier et magazine du Point, les expositions dans les musées, puis les reconstitutions de bataille… Dans tous ces lieux, il est arrivé d’entendre ou de lire l’appellation « guerres napoléoniennes » ou « guerres de Napoléon » pour qualifier la période de conflit sous le règne de Napoléon 1er. Les journalistes se chargent de relayer à tout-va cette appellation à leurs fidèles auditeurs – pas de réaction, puisque si ça vient d’un journaliste, c’est que ça doit être vrai – et les divers invités venant des salons parisiens, de la politique, et de la papauté tulardienne, eux, sont plus préoccupés de leurs expositions médiatiques :

Regarde, je suis passé à la télé chez Stéphane Bern ; regarde, j’ai été interviewé par un journaliste de BFMTV », peut-on encore entendre sous l’ère d’internet

Guerres napoléoniennes ? Cette appellation vient de la langue anglaise ! Cette volonté de faire porter le poids de la guerre sur les épaules de Napoléon est une idée répandue.

Les historiens au format académique invités par les médias ont-ils du « cœur » ?

Les raisons de ces guerres ne sont pas expliquées et certains historiens français ont affirmé que Napoléon aurait pu arrêter ses conquêtes et imposer une paix définitive. C’est de la mauvaise foi. Alors, on va faire le travail…

LES COALITIONS ?

Dans de nombreux ouvrages, les alliances visant à combattre Napoléon sont appelées « coalitions » :

– La première coalition se déclencha en 1792 pendant la Révolution, et se termina en 1797 grâce au traité de paix de Campo-Formio signé du général Bonaparte.

– La seconde coalition se déclencha en 1798, et se termina en 1802 grâce au traité de paix d’Amiens signé du premier consul Bonaparte.

– La troisième coalition se déclencha en 1803 et se termina grâce au traité de paix de Presbourg signé de Napoléon 1er, après la victoire d’Austerlitz du 2 décembre 1805.

– La quatrième coalition se déclencha en 1806 et se termina en 1807 grâce au traité de paix de Tilsit signé de Napoléon 1er.

– La cinquième coalition se déclencha en 1809 et se termina la même année grâce au traité de paix de Schönbrunn signé de Napoléon 1er.

– La sixième coalition se déclencha en 1812 et se termina en 1814 avec l’abdication de Napoléon 1er.

– La septième coalition se déclencha en 1815 et se termina la même année avec la seconde abdication de Napoléon 1er.

À Sainte-Hélène, Napoléon dit :

« On aura beau retrancher, supprimer, mutiler, il sera difficile de me faire disparaître tout à fait. Un historien français sera obligé d’aborder l’Empire et, s’il a du cœur, il faudra bien qu’il me restitue quelque chose, qu’il me fasse ma part, et sa tâche sera aisée, car les faits parlent, ils brillent comme le soleil. J’ai refermé le gouffre de l’anarchie et débrouillé le chaos. J’ai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites et reculé les limites de la gloire. Sur quoi pourrait-on m’attaquer, qu’un historien ne puisse me défendre ? Mon despotisme ? Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité. M’accusera-t-on d’avoir trop aimé la guerre ? Il montrera que j’ai toujours était attaqué. D’avoir voulu la monarchie universelle ? Il fera voir qu’elle ne fut que l’œuvre fortuite des circonstances, que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m’y conduisirent pas à pas ».

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE N’A JAMAIS CHANGÉ

CE QU’IL FAUT COMPRENDRE

Que ce soit sous les Bourbons, sous les Républicains, sous le Consulat ou sous le Premier Empire, la politique extérieure de la France n’a jamais changé. Il y avait un combat à mort entre la France et l’Angleterre, c’est la trame de fond de tous ces événements. Chaque phase de cette guerre ne fut qu’une étape jusqu’à la destruction totale de l’ennemi :

– La période allant de Louis XIV à Waterloo est parfois appelée « deuxième guerre de cent ans ». Elle pourrait être aussi appelée « Première guerre mondiale », du fait que le conflit en Europe se répercutait dans les colonies des Indes, de l’Océan Indien, de l’Océan Atlantique, des Amériques du Nord et du Sud.

– Le projet d’invasion de l’Irlande sous Louis XIV fut repris pendant la Révolution, de même que le projet de Louis XVI d’envahir l’Égypte fut mis en application en 1798.

– La perte de nombreuses colonies françaises au Canada et aux Indes, avec le traité de Paris en 1763, ne fut qu’une trêve.

– La France reprit les armes contre l’Angleterre en soutenant la jeune république américaine. La reconstitution de la flotte française, sous Louis XVI, effraya l’Angleterre qui vit la Révolution Française comme une aubaine.

– L’arrivée au pouvoir d’un jeune homme, auréolé de victoires et ayant réussi à battre les meilleures armées d’Europe avec de faibles ressources, faisait réfléchir l’Angleterre. En à peine deux ans, le rétablissement éclair des finances est passé de la quasi banqueroute à un budget équilibré, et cela, sans requérir à l’emprunt et au papier monnaie qui étaient discrédités par les régimes précédents.

– La volonté de reconstruire la marine pour rétablir des liens commerciaux avec les colonies était considérée comme un danger potentiel pour les Anglais, sachant que la prépondérance de leur commerce avait été acquise sous la Révolution. La construction d’une flotte de débarquement et du port d’Anvers faisait peur au pouvoir anglais ou Tories (2) :

L’arsenal d’Anvers était un pistolet, chargé braqué sur le cœur de l’Angleterre…

Dès lors, tous les moyens étaient bons. Il fallait vaincre ou mourir et les Tories étaient prêts à tout, comme commanditer l’assassinat du Premier consul ou payer les rois d’Europe pour faire la guerre. L’Angleterre a offert des millions de livres sterling pour chaque tranche de 100 000 hommes mise en ligne contre la France.

Napoléon d’ailleurs, dans sa proclamation à la veille de la bataille d’Austerlitz, dit à ses soldats :

« Soldats, je commanderai moi-même chacun de vos bataillons et je me tiendrai loin du feu, si avec votre courage et votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis. Mais si la victoire devenait un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s’exposer au premier coup car l’on ne saurait hésiter dans cette journée où il importe tant au bonheur du peuple français, … que chacun d’entre vous soit bien pénétré de cette idée, qu’il faut vaincre ces stipendiés de l’Angleterre qui sont voués d’une telle haine contre notre nation ».

AGRESSIONS ANGLAISES

Les lecteurs doivent s’interroger sur ces historiens au format académique qui ne parlent jamais des agressions anglaises sur les États pour les forcer à déclarer la guerre contre la France.

Les lecteurs doivent se dire « pourquoi ? ».

Un début de réponse via la fondation Napoléon ! En effet, cette fondation « multimillionnaire » remet des « Prix d’Histoire » et des « bourses » dans une ambassade à Paris. Et pas n’importe laquelle, celle du Royaume-Uni !

Réfléchir sur les arguments cités ci-dessous :

– Le Danemark, pays neutre, vit sa capitale Copenhague se faire bombarder sans déclaration de guerre en 1801 et en 1807, puis sa flotte de guerre fut capturée.

– En décembre 1804, quatre frégates espagnoles de l’amiral Bustamente, revenant d’Amérique chargées d’or et d’argent, furent attaquées sans déclaration de guerre ; résultat : une frégate coulée et trois prises !

– Les bateaux américains neutres furent systématiquement visités quand ils arrivèrent en Europe et cela, sans respecter le pavillon américain. Les Anglais pratiquèrent « la presse », c’est à dire qu’ils enrôlèrent de force ceux qui parlaient anglais en prétextant qu’ils étaient déserteurs, or le plus souvent, ils étaient américains. L’Angleterre obligea tous les bateaux voulant commercer à passer par ses ports et les obligea à payer une licence. Devant ces agressions répétées, la jeune république américaine lui déclara la guerre en 1812.

TRAHISONS DE LA PAROLE D’HONNEUR

Les lecteurs doivent aussi s’interroger pourquoi ces historiens au format académique ne parlent jamais des trahisons, à une époque où la parole d’honneur et les traités étaient considérés comme sacrés :

– Napoléon, après la bataille de Marengo en 1800, laissa rentrer en Autriche l’armée du général Melas qui avait juré de ne pas reprendre les armes contre la France ; les Anglais et les autres ennemis de Napoléon, eux, ne se gênèrent pas pour manquer à leur parole.

– À la fin de l’expédition d’Égypte en 1800, après avoir exécuté leur partie de la convention d’El Arish et après avoir abandonné certaines villes, les Français apprirent que les Anglais étaient revenus sur leur décision et n’avaient rien restitué.

– À Bailèn en 1808, après avoir signé une convention qui prévoyait le retour en France des troupes françaises encerclées à cette bataille, les Espagnols revinrent sur leur parole et sur le traité, puis envoyèrent les prisonniers mourir sur l’île de Cabrera dans les Baléares et sur des pontons à Cadix.

– À Dresde en 1813, une unité française accepta de rendre la ville en échange de son retour en France, mais la convention fut bafouée et les troupes napoléoniennes furent emmenées, prisonnières en Russie.

Dans ces exemples, il est clair que si les généraux français avaient su ce qui allait se passer, ils auraient combattu jusqu’au bout.

LE CAS DE L’AUTRICHE

La mauvaise foi est aussi dans les alliances. Par exemple, le cas de l’Autriche qui avait déclaré la guerre à la France en 1792, 1798, 1805, et 1809 :

– Après la bataille de Wagram, leur empereur François 1er vint implorer Napoléon de ne pas séparer l’Empire autrichien en créant des royaumes secondaires, jurant de ne plus jamais faire la guerre à la France, mariant sa fille Marie-Louise à Napoléon.

– En 1812, l’Autriche fit la campagne de Russie auprès des Français et elle gagna le combat de Gorodeczno sur les Russes, mais à peine la campagne de Russie finie, les généraux autrichiens s’entendirent avec les généraux russes pour mettre dans l’embarras les Français et les Polonais. Du coup, l’Autriche, l’alliée de la France, se déclara neutre. Puis menaçant la France, elle passa dans le camp adverse en quelques jours.

– Et en 1813, elle déclara de nouveau la guerre à la France. Les anciens alliés allemands de la France qui devaient tout à Napoléon, comme la Bavière, la Saxe et le Wurtemberg, changèrent de camp au milieu des combats dès qu’ils sentirent le vent tourné. Ces pays, prétextant que Napoléon leur demandait des effectifs élevés pour faire la guerre, n’hésitèrent pas à mettre des effectifs encore plus élevés à la disposition des alliés.

L’ANGLETERRE, REINE DE CE MONDE

Guerres de Napoléon

Côté économie, l’Angleterre, qui avait profité de la peur causée par la Révolution, devint la première place financière d’Europe. Les fonds, qui étaient dans les places financières de Paris, Gênes, Amsterdam, et Genève, se réfugièrent à Londres au fur et à mesure que l’armée française avancèrent dans ces pays. L’Angleterre mit main basse sur de nombreuses colonies hollandaises et françaises et augmenta considérablement son commerce maritime en quasi position de monopole. Elle put donc s’endetter jusqu’à 250% de son PIB.

Napoléon, qui avait un budget équilibré sans dette, pensa qu’un dernier effort suffisait pour vaincre cette nation endettée. Il avait décrété, en novembre 1806, le blocus continental en réponse au blocus maritime de l’Angleterre du 16 mai 1806, et une escalade commença pour obliger les alliés à combattre le commerce de l’autre…

Une fois Napoléon vaincu à la bataille de Waterloo en 1815, les vainqueurs se rassemblèrent au congrès à Vienne et se partagèrent l’Europe.

Et l’Angleterre parvint à ce que la France ne discute pas de la libre circulation des mers et des règles du commerce maritime. La Prusse, la Russie et l’Autriche se souciaient peu du commerce car n’étant pas des nations maritimes. Les autres nations maritimes, l’Espagne et la Hollande, perdirent une grande partie de leurs colonies et de leur commerce comme la France.

Depuis, la France qui avait brillé dans le domaine des arts, de la littérature, de la culture, du commerce de Louis XIV à Napoléon, fut reléguée dans un rôle secondaire. Et l’Angleterre, qui avait su tirer profit du sang de ses alliés, se tailla la part du lion. La victoire de Waterloo a ouvert une ère de prospérité pour l’Angleterre. Et comme c’est toujours le vainqueur qui écrit l’histoire, voilà donc pourquoi on parle de « Guerres de Napoléon ».

(1) : se référer à sa réponse, « Napoléon et la Grande Armée en Russie ou examen critique de l’ouvrage de M. le Comte Ph. de Ségur ».

(2) : Pour résumer, les Tories sont du parti des conservateurs (Anglicans) ; Les Whigs sont du parti des progressistes (Catholiques).

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2 Réactions

  1. Jean-Claude Damamme 21 août 2017 at

    Voici une réaction absolument incorrecte historiquement.
    Comment peut-on oser faire porter à l’Angleterre la responsabilité des guerres du Premier Empire ?
    Ce n’est quand même pas pour rien que nous les connaissons sous l’appellation de « guerres napoléoniennes ».
    Si, comme l’écrit l’auteur de ce texte, l’Angleterre était coupable des dizaines de milliers de morts et de plus encore de blessés tombés sur les champs de bataille de l’Europe, il ne fait aucun doute que nos historiens napoléoniens de référence – j’ai nommé MM Jean Tulard et Thierry Lentz – se fussent levés comme un seul homme pour pointer l’agresseur d’un doigt vengeur, et le livrer à la vindicte de l’Histoire.
    Si la situation était celle que dépeint Kaspi, la Fondation Napoléon délivrerait-elle ses satisfecit aux auteurs bien en cour dans les locaux de l’ambassade britannique à Paris ?
    Non, bien sûr.
    Cette même Fondation Napoléon emploierait-elle dans ses murs deux « sujets » britanniques ?
    Non, bien sûr.
    Donc, une question se fait jour et s’impose : a-t-on trouvé quelque part trace de cette dénonciation ?
    Non.
    Pour rétablir LA vérité, je suis alors au regret de m’inscrire en faux contre les assertions de l’auteur.
    Le doute, en effet, n’est plus permis : il est désormais acquis que le responsable des bien nommées « guerres napoléoniennes » est l’Empereur des Français.
    Tiens, je ne l’avais pas remarqué : nous ne sommes pas le 1er avril !

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    1. Loïck Bouvier 21 août 2017 at

      Un jour, à l’occasion de l’exposition Napoléon et l’Europe (à Paris), Thierry Lentz a dit : « Napoléon n’a jamais affirmé ses buts de guerre. Sa faiblesse fut de ne jamais indiquer de repères, car en politique internationale, il faut donner à ses rivaux quelques certitudes. Napoléon fait partie de ces hommes, une longue chaîne qui va de Charlemagne aux dictateurs du Xxe siècle, qui ont essayé d’unifier l’Europe par la guerre. » (sic)

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