LA MODE DU CHÂLE

Le châle est une grande pièce de tissu, souvent en laine, que l’on porte généralement sur les épaules, une tradition orientale depuis l’Antiquité. L’authentique châle ou « shatoosh » est 100% laine d’une espèce de chèvres ou d’une antilope appelée « chirou » vivant dans les hautes montagnes du Cachemire ou Kashmir (d’où l’appellation), zone frontalière entre la Chine, le Pakistan et l’Inde.

La laine « Cachemire » est réputée pour être une des meilleures laines par sa fine fibre, sa grande douceur et son excellente isolation thermique contre les grands froids.

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L’Impératrice Joséphine en eut beaucoup dans sa collection comme l’indique un inventaire de 1809 : 49 grands châles de cour, 60 en cachemire et 496 autres à usage ordinaire. En portait-elle à la fin mai 1814 ? Mystère.

1799, DÉBUT DE LA MODE

Au retour de l’expédition d’Égypte, en 1799, le général Bonaparte et ses soldats ramenèrent dans leurs malles des souvenirs d’Orient dont les châles en cachemire aux somptueux motifs tissés (palmes ou « botehs »).

Son épouse, Joséphine, et les dames de l’entourage furent charmées par cette « nouveauté » et cette élégance vestimentaire. Elles en commandèrent d’autres auprès du sultan ottoman Selim III et la mode se lança.

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COMMENT LE PORTER

Les robes fin XVIIIe et début XIXe siècle sont connues pour être légères, et le châle pouvait apporter, en plus de la chaleur et de l’élégance, une certaine décence aux dames de la cour.

Sur de multiples portraits de Joséphine ou des élégantes, le châle est posé sur les épaules ainsi que sur les avant-bras. Durant l’expédition d’Égypte, Napoléon le portait autour de sa taille comme ceinture militaire.

PRODUIT EN EUROPE

Le conflit avec le royaume britannique – qui maîtrisait le commerce en Orient – était un obstacle à l’acheminement des châles en France. De là, est venue l’idée de produire cette laine en Europe, et avec l’appui de Napoléon pour cette nouvelle industrie appelée châlière.

Christophe-Philippe Oberkampf commença par créer des imitations, et Louis-Guillaume Ternaux réussit pour la première fois en France à produire du véritable cachemire grâce à des moutons mérinos, des agneaux du Tibet et de la Nubie.

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En 1806, leurs créations furent présentées à l’esplanade des Invalides de Paris lors de l’exposition des produits de l’industrie française, et ils furent, par la suite, décorés de la Légion d’honneur. Des manufactures s’établirent en Normandie, dans les Ardennes, et ailleurs en Europe comme en Italie, à Naples, Livourne, et Gênes, en Espagne à Cadix et même en Russie à Saint-Pétersbourg.

À partir de 1807, le cachemire, victime de son succès, devint de plus en plus cher, ce qui poussa les créateurs à utiliser d’autres alternatives comme le coton, la soie ou la laine « bas de gamme ».

En 1811, le Conseil d’État voulut généraliser l’élevage des mérinos sur le territoire français, comme les bergeries de Rambouillet ou de Rueil-Malmaison.

En 15 ans, le châle était devenu un produit de luxe et un symbole de réussite sociale.

SOURCES

Bernard Chevalier, « Joséphine Impératrice », éditions Chêne

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1 Réaction

  1. Mariakel 30 septembre 2016 at

    Un article sur un pan méconnu de l’Histoire napoléonienne. Je ne peux que vous applaudir. Je voulais savoir en quelle matière étaient les ceintures que portaient les officiers durant la Première campagne d’Italie.

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