LENTZ VS SCIENTIFIQUES

J’espère très sincèrement pour lui que notre excellent directeur de la Fondation Napoléonj’ai nommé Thierry Lentz – n’était pas encore en vacances lorsqu’il fut contacté par un journaliste du quotidien économique « Les Échos ». En effet, dans son édition du 29 juillet de l’année de (dis)grâce 2015, le journal pose cette question insolente : « Napoléon a-t-il été empoisonné ? ». Suit un article signé Richard Hiault (voir).

L’auteur cite les noms (honnis) du stomatologue suédois, initiateur de la thèse, Sten Forshufvud, et celui, pire encore, de Ben Weider, président-fondateur de la Société Napoléonienne Internationale, qui reprit le flambeau, donnant à cette thèse iconoclaste un écho international. Mais, ce faisant, il se condamnait à l’ire, au mépris (dont il se souciait comme d’une guigne), et à la détestation virulente des « Institutionnels », comme le professeur Tulard – de l’Institut (ne jamais oublier) – et de Thierry Lentz, déjà nommé.

THÈSE TOXIQUE

Tout article de presse étant par essence limité en place, et donc incomplet, le journaliste ne mentionne, au titre des chercheurs, que les noms de Roger Martz, directeur du Département de Chimie-Toxicologie du FBI, et du Dr Pascal Kintz, alors en poste à l‘Institut de médecine légale-Université Louis Pasteur de Strasbourg.

En revanche, il passe sous silence les analyses réalisées plus tard à l’université du grand-duché du Luxembourg (Professeur Robert Wennig, directeur du Département de toxicologie) et celles du laboratoire ChemTox d’Illkirch, leader dans ce domaine, où officie maintenant Pascal Kintz.

On sent que, chez notre directeur de la Fondation Napoléon, le sujet reste douloureux.

Il faut le comprendre.

Se donner tant de mal depuis si longtemps pour ruiner sans scrupules en la ridiculisant sans vergogne, et avec une mauvaise foi qui force le respect, une thèse, que, pour des raisons obscures (enfin, pas trop) mais puissantes, il faut absolument étouffer, et se faire apostropher par un journaliste en plein mois de juillet ! À propos de quoi au juste ?

« Ridicule », clame Thierry Lentz [on le sent nerveux], historien et directeur de la Fondation Napoléon. Le Suédois et le Canadien « ont fini par donner à leurs élucubrations peintes aux couleurs de la science un écho tel que la rumeur d’empoisonnement est devenue une sorte de lieu commun […]. Nous devons les rejeter sans appel à la lumière des éléments historiques. »

Fermez le ban !

Voilà le grand mot lâché : des « élucubrations » ! Limite grossier, comme nous le disons familièrement aujourd’hui.

Il ne varie pas, Thierry Lentz, dans ses propos, c’est rassurant. Il ne progresse guère non plus. Ni dans la démonstration, ni dans la courtoisie, même élémentaire. En effet, avec son appellation péjorative « d’élucubrations », il ne fait rien d’autre – mais ce n’est pas nouveau – que donner de Forshufvud et de Weider une image de « guignols ».

ANALYSE DES TOXICOLOGUES

Alors, guignols aussi sans doute, ceux qui ont travaillé pour soutenir lesdites élucubrations, c’est-à-dire des scientifiques de haut niveau, tous renommés et reconnus comme des maîtres dans leur spécialité : le Dr Pascal Kintz, ancien président de l’Association internationale des toxicologues de médecine légale, et le Pr Robert Wennig.

C’est ce dernier, qui, avec l’appui d’une machine dont il n’existait alors (2003) que 12 exemplaires au monde (le Nano-SIMS 50), démontra la présence de l’arsenic au cœur même des cheveux de l’Empereur. Ce qui implique, souligna Pascal Kintz, « un passage obligatoire par la circulation sanguine », donc, par la voie digestive.

Les images prises par la machine existent. Il suffit d’aller les regarder sur le site de la Société Napoléonienne Internationale de Montréal (rubrique « Empoisonnement »).

Mais notre ami ne doit pas les connaître, ces images, sinon, aurait-il déclaré, comme il l’a fait dans une émission du « Figaro TV » (toujours accueillant « Le Figaro ») que la présence du toxique au cœur des cheveux impériaux était loin d’avoir été démontrée !

Il fallait oser. C’est fait.

ANALYSE DE M. LENTZ

Aussi, dans « Les Échos », Thierry Lentz propose-t-il une autre explication :

« Les cheveux étaient conservés – car ils servaient souvent de présents – grâce à des produits à base d’arsenic, ce qui expliquerait la présence de ce dernier dans des cheveux de l’empereur coupés en 1805 et 1812, mais aussi dans ceux de sa mère, de ses sœurs et de son fils », conclut-il.

Peut-on imaginer commentaire plus grotesque ! L’arsenic passant dans les cheveux par, en quelque sorte, capillarité, pour se retrouver dans la « medulla », la moelle épinière du cheveu. Ou l’art de prendre le grand public pour un imbécile.

D’autant plus grotesque lorsque l’on découvre la « touche finale » – ou qui l’eût été dans un pays normal, et non pas soumis à l’inexplicable dictature d’une simple association historique à l’ego surdimensionné.

PRÉCISION DES EXPERTS

En effet, lors d’une conférence de presse donnée à Illkirch, près de Strasbourg, le 2 juin 2005 dans les locaux mêmes du laboratoire, diagrammes scientifiques à l’appui, le Dr Pascal Kintz dévoila la nature du toxique présent dans les cheveux de Napoléon : de l’arsenic minéral (AsIII), c’est-à-dire, en termes vulgaires, de la mort-aux-rats.

Conserver des cheveux dans de la mort-aux-rats ! Quel mépris pour le public de vouloir lui faire « avaler de telles couleuvres » !

Comme la présentation des derniers résultats coïncidait avec l’inauguration du nouveau laboratoire d’Illkirch, où avaient été réalisées les récentes analyses, on notait, dans l’assistance, la présence de hauts représentants du ministère de la Justice, de la police et de la gendarmerie. Difficile tout de même d’imaginer que ces gens se soient dérangés pour écouter un farceur pérorer en exposant ses « élucubrations » fumeuses, « peintes aux couleurs de la science ».

Cette conférence de presse, qui fit grand bruit, eut un retentissement planétaire – et ce n’est pas une figure de style. Trois écrans de mon ordinateur ne suffisent pas à recenser tous les liens menant vers les articles consacrés à l’affaire.

CENSURE ?

Si, par le biais de mes interviews, la nouvelle fut brièvement diffusée dans les journaux français télévisés de TF1, France 2, France 3, M6, Canal+, TV5, et sur Europe 1, RMC…, il n’y eut ensuite pas un seul média en France pour reprendre l’information, et chercher, comme cela se fait ordinairement après un événement d’une telle portée médiatique – l’Empereur Napoléon empoisonné comme un vulgaire rongeur ! – à approfondir le sujet et à dépasser l’immédiateté de cette information.

Je n’ose proférer le vocable, évidemment impensable, de censure.

LENTZ EN DICTATEUR

Une seule petite précision permettra d’apprécier le sérieux de la démonstration de Thierry Lentz dans « Les Échos » : celui-ci avance que, parmi les symptômes que présentait l’Empereur, il en manquait un (parmi d’autres) : les « bandes sombres sur les ongles » – qui, en réalité sont blanchâtres – c’est-à-dire les « bandes » de Mees, du nom d’un médecin hollandais.

Hélas ! Pas de chance : cet indice a été décrit en… 1919.

Certaines sources mentionnent également les noms de deux autres chercheurs pour des travaux sur ce même sujet, un Anglais, Reynolds, en 1901, et un Américain, Aldrich, en 1904.

Rajoutons, pour parfaire l’esquisse – car il y a encore tellement à écrire pour obtenir le tableau complet – ce sommet de l’observation scientifique dont se rengorgent les opposants à la thèse d’un empoisonnement de l’Empereur : la présence d’arsenic dans les « papiers peints » de Longwood. Et cet arsenic aurait attaqué le seul Napoléon !

Notons enfin qu’un certain nombre de journalistes de grands médias se sont faits les complices – involontaires, j’en doute – de cette désinformation à la soviétique. Citons parmi d’autres « Le Figaro », « France Info », « France Inter », « Valeurs Actuelles », « Le Point » à qui nous devons cette inoubliable formule :

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, et Jacques Macé [l’autre homme du binôme] réfutent, preuves historiques à l’appui, ces versions loufoques dans un petit livre qui se dévore comme un roman policier.

Roger Martz du FBI ; Pascal Kintz de l’Institut de Médecine légale de Strasbourg (voir) et du laboratoire ChemTox (voir), et Robert Wennig, de l’Université du grand-duché (voir), prônant des théories « loufoques »!

Très dictateur, Thierry Lentz part donc une fois encore en guerre contre les « élucubrations peintes aux couleurs de la science » :

Nous devons les rejeter sans appel à la lumière des éléments historiques.

Je ne voudrais pas le décourager, mais la tâche va être difficile : nous bougeons encore.

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1 Réaction

  1. Mariakel 16 février 2017 at

    Je suis d’accord avec vous, notre Empereur a été assassiné, par du poison. Le cancer n’a jamais coïncidé avec la fin de sa vie. Mais on veut le taire, peut-être pour des raisons diplomatiques.

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