Voici le 2e épisode des « pontons britanniques »… Sachez que le 1er épisode a déjà choqué Madame Sophie Muffat, conférencière pour la Fondation Napoléon (article en ligne). Et bien continuons à choquer, continuons à diffuser la vérité sur cette affaire, comme l’avait souhaité le Grand Napoléon. La question « La Fondation Napoléon “planque-t-elle” les crimes de l’Angleterre ? » fera encore trembler les salons parisiens.

DOUBLE PEINE

Par un étrange coup du sort, certains soldats et marins, faits prisonniers dans la Péninsule, tâtèrent d’abord des pontons espagnols.

Après avoir été ballottés de villages en villages, sous les vexations, les insultes, les hurlements de haine, les jets de pierre, les crachats d’une plèbe inculte et excitée à l’assassinat par des moines fanatiques – les félicités éternelles étaient promises à quiconque verserait le sang des prisonniers français – l’arrivée à bord des pontons de Cadix (1) leur était d’abord apparue comme un répit à leur misère et à leurs souffrances.

Ils avaient vite déchanté.

La famine, la crasse, la puanteur, les maladies en avaient fait très rapidement des épaves repoussantes, en proie à la barbarie des équipages, très souvent secondés activement par des religieux dégénérés qui maniaient le poignard avec plus encore de dextérité que le crucifix.

L’annonce d’un transfert en Angleterre, fût-ce à bord d’un ponton, avait fait naître de grands espoirs : les Anglais n’étaient-ils pas, a écrit l’une des victimes, « nos rivaux en civilisation et en industrie » ?

Aussi est-ce le cœur rempli d’images rassurantes qu’après une navigation de deux mois, ils avaient mis le pied en terre anglaise, en l’occurrence une de ces coques mortes qui dodelinaient en rade de Plymouth et de Portsmouth, et autres Chatham…

Eux aussi avaient vite déchanté.

Ils avaient changé de pavillon de misère. Pas de misère.

DES HARDES DE CROQUANTS

Avant d’assister à leur déchéance, et à l’agonie de bon nombre d’entre eux ; avant de regarder ces malheureux quasiment pourrir sur pied, faisons préalablement un détour par le « magasin d’habillement ».

À leur arrivée à bord, ils s’étaient vu remettre une tenue.

Mais pas question de faire de ces malheureux des prisonniers présentables. Personne, de toute façon, ne viendrait jamais leur rendre visite. Des hardes feraient donc parfaitement l’affaire.

Pourtant, sur les papiers de l’administration de la Marine, tout était prévu. « Nickel ».

– La théorie : chaque prisonnier doit recevoir tous les 18 mois une veste à manches, un gilet sans manches, un pantalon, deux paires de bas (on ne connaissait pas encore les chaussettes !), deux chemises, une paire de chaussures et un chapeau.
– La réalité : aussi longtemps qu’il lui reste quelques lambeaux de la tenue dans laquelle il a été attrapé, le prisonnier ne reçoit aucun vêtement. Et si sa famille lui envoie quelque argent, cela ne change en rien sa situation : en effet, l’agent du gouvernement anglais chargé de collecter les sommes garde souvent le pécule pour faire sa pelote.

Démonstration :

« La famille d’un pauvre matelot, d’un malheureux soldat s’impose les plus douloureuses privations afin de lui faire passer une modique somme ; le quart d’une somme aussi sacrée n’arrive pas dans son temps, à sa destination : elle devient la proie des préposés à l’administration du transport des prisonniers (2)… Si le prisonnier meurt, s’il est échangé, s’il est transféré dans une autre prison, la somme est absolument perdue. La réunion d’une quantité de petites sommes accumulées de cette manière, compose à l’agent une fortune énorme, non seulement par les capitaux volés, mais encore par les intérêts accumulés. »

Le résultat :

La nudité de la plupart des prisonniers est effroyable ; ils sont rongés de vermine ; elle est indestructible.

Lorsqu’elle est faite, la distribution des vêtements réserve aux bénéficiaires de « belles » surprises :

Les pantalons n’ont ni fonds ni ceinture ; il en entre ordinairement trois dans la recoupe de deux, et le gilet sans manches s’emploie toujours pour élargir et renforcer aux coutures le gilet à manches.

Conséquence :

Ces rudes hommes, plus habiles à manier le sabre ou la baïonnette, ou à tirer sur des bouts, en sont réduits à se transformer en cousettes pour rendre simplement mettables ces lamentables fringues de croquant (3).

DANS LA POCHE DE L’AGENT DU TRÉSOR

S’il est facile de voler le soldat ou le matelot de base, avec les officiers, la spoliation se révèle plus malaisée, tout en restant possible.

Comme les sommes qu’ils reçoivent sont plus importantes, elles transitent obligatoirement par des banques qui délivrent des reçus. Mais tout n’est cependant pas perdu pour l’agent du Trésor anglais.

En effet, l’administration, qui gère le sort des prisonniers a décrété que les officiers ne peuvent pas recevoir plus de deux livres par semaine.

Prenons le cas d’un officier qui a eu la chance de recevoir de sa famille l’équivalent de cent livres.
L’agent, bien obligé, lui présente pour signature une quittance du montant total, mais le filou laisse s’écouler deux ou trois mois avant de distiller les deux premières livres sterling – donc le maximum autorisé – mois, au cours desquels la somme, qui est placée, produit des intérêts qui vont directement… dans la poche de l’agent (4).

Pendant que tous ces pauvres bougres crèvent dans la crasse, certains de leurs gardes-chiourmes, eux, créent, grâce à cette spéculation crapuleuse, des « micro-entreprises » à leur profit. Une brasserie, par exemple.

Une brasserie un peu particulière quand même, les « brasseurs » n’utilisant en guise de matière première que les résidus déjà bouillis des brasseries traditionnelles du voisinage.

De cette officine sortait un jus infâme, de la « teinture de bière », seule autorisée aux prisonniers, la production des autres brasseries étant interdite à la vente sur les pontons.

Et si l’affaire périclitait ?

C’est tout simple : ne nous faisons aucun souci pour les intrépides entrepreneurs, ce sont les involontaires bailleurs de fonds qui en étaient pour leurs frais !

Suite au prochain épisode…

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1 – Si les superlatifs ont encore un sens, le comble de l’horreur fut atteint sur l’îlot de Cabrera, un caillou pelé de 12 km2 situé au sud-est d’un haut-lieu touristique moderne : Majorque.

2 – Le Royal Navy Transport Board était la structure chargée de la gestion des prisonniers de guerre.

3 – Les pontons anglais comptèrent également parmi leurs « hôtes » obligés, un personnage « haut en couleurs » selon l’expression consacrée : Ambroise-Louis Garneray (1783-1857), marin, corsaire, peintre de la marine, océanographe. Il servait sous les ordres de Robert Surcouf, lorsque le 7 octobre 1800, celui-ci, avec sa petite frégate de 18 canons, « la Confiance » (160 hommes), s’empara à l’abordage d’un vaisseau anglais de 40 canons appartenant à la Compagnie des Indes, le « Kent » (400 hommes), qui naviguait dans le golfe du Bengale. Garneray servait comme enseigne à bord de la Belle Poule, lorsque celle-ci fut prise par les Anglais au large des îles du Cap Vert. Garneray resta pendant 8 ans prisonnier des pontons, et il ne revint en France qu’en 1814. Pour « améliorer son ordinaire », il vendait des toiles aux Anglais qui venaient aux pontons comme on va au zoo. Garneray a laissé de nombreux récits de voyage et d’aventures. Il évoque sa détention dans l’ouvrage « Mes Pontons », plusieurs fois réédité sous d’autres titres. Parmi les quelque 140 toiles, 175 gravures et la vingtaine d’aquarelles qui forment son œuvre picturale, figure « L’abordage du Kent » qui se trouve au musée municipal de La Roche-sur-Yon.

4 – Dans un livre flamboyant et furieux, « L’âme de Napoléon », l’écrivain Léon Bloy ne désigne que sous l’appellation « d’île infâme », cette Angleterre qu’il voit « aussi moderne par la bassesse de ses convoitises qu’elle est antique par sa dureté à l’égard des faibles. » Éminemment incorrect politiquement et historiquement !

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