Voici le 4e épisode des « pontons britanniques »… Sachez que le 1er épisode a déjà choqué Madame Sophie Muffat, conférencière pour la Fondation Napoléon (article en ligne). Et bien continuons à choquer, continuons à diffuser la vérité sur cette affaire, comme l’avait souhaité le Grand Napoléon. La question « La Fondation Napoléon “planque-t-elle” les crimes de l’Angleterre ? » fera encore trembler les salons parisiens.

HUBLOTS FERMÉS SEIZE HEURES PAR JOUR

Et l’air, ce bon « air marin » allégué par certains ?

Pour l’aération, quatorze hublots sans vitres qui restent hermétiquement clos pendant environ seize heures par jour.

Résultat : les centaines de pauvres types enfermés dans les batteries et les faux-ponts suffoquent, au sens le plus fort du mot, du fait du manque d’air. Nombre d’entre eux s’évanouissent, certains en meurent.
Aussi, lorsque l’un d’eux est sur le point de succomber, ses camarades de misère font appel au « bon cœur » des geôliers. Mais pas n’importe comment : cette grâce n’est accordée qu’après de longues suppliques, et après avoir « long-temps [sic] frappé au mantelet [volet d’un hublot ou d’un sabord] où l’on a porté l’homme mourant, afin de le faire respirer un instant. »

Sinistre conséquence pour ceux qui ont le malheur d’occuper une place près de l’ouverture : si la grâce est accordée, ces hommes complètement nus pour pouvoir résister à la chaleur dégagée par tous ces corps entassés, sont saisis par le froid alors qu’ils transpirent abondamment. En très peu de temps, ils sont atteints « d’une maladie inflammatoire, qui se porte sur les poumons et menace successivement la vie de tous les prisonniers. »

L’air putride, que ces malheureux respirent, « suffirait sans mauvais traitement ni mauvaise nourriture, pour altérer en fort peu de temps la santé des plus robustes », écrit sobrement l’un d’eux.

Désespoir et déchéance assurée.

Abjection également, car la survie passa souvent par des actes que ceux qui les commirent regrettèrent leur vie durant.

NIVELLEMENT PAR L’HUMILIATION

Les pontons affichant toujours complets, que se passe-t-il lorsque de nouveaux arrivants se présentent ?

Réponse : « On [c’est-à-dire les geôliers] les jette dans les batteries sans s’inquiéter de ce qu’ils deviendront. Alors commence pour les nouveaux venus un supplice impossible à décrire. Ils ne trouvent pas de place pour suspendre leurs hamacs ; ils se trouvent réduits à coucher sur le plancher humide et nu. Ainsi, un prisonnier, quelque soit son rang, est forcé de rester dans cet état lorsqu’il arrive dans un ponton déjà plein. »

Existent-ils des privilèges liés au grade ?

La réponse est « non » : pas plus que les simples matelots, les officiers ne bénéficient d’aucun traitement de faveur (relative).

Au contraire, l’agent du gouvernement anglais qui les prend en charge se fait généralement un malin plaisir de les envoyer dans les pontons pleins, et, de préférence, les plus « incommodes ».

Le nivellement par la souffrance et l’humiliation.

Comme toujours, ceux qui ont la chance de pouvoir disposer de quelques moyens financiers, peuvent acheter sa place à un autre prisonnier affamé. Ce petit pécule permet au « vendeur » de se procurer un supplément de nourriture pendant quelques jours. Mais c’est au détriment de sa santé, car, écrit notre témoin, « il se réduit, dans cette horrible situation, à coucher sur un plancher ruisselant d’eau provenant des transpirations forcées qui ont lieu dans ce séjour d’angoisses et de mort. »

Des plaintes furent adressées à l’administration responsable de la gestion des prisonniers de guerre, qui répondit :

« En ce qui concerne l’espace vital, les équipages de la Royal Navy sont soumis au même régime que les prisonniers ».

Cela tombe sous le sens : les marins de l’équipage d’un vaisseau de guerre passent toutes leurs journées allongés dans leur hamac ; eux aussi seraient donc encaqués comme des harengs !

DES MILLIERS DE POUX DANS LES « MANTEAUX IMPÉRIAUX »

Entasser ainsi des centaines d’hommes dans des conditions inhumaines, des hommes mal nourris, diminués physiquement et psychologiquement, souvent malades, quasiment cassés en deux, mis dans l’impossibilité de bénéficier d’un minimum d’hygiène et d’intimité pour les exigences de la nature – les « lieux d’aisance » sont situés dans de grandes salles sans portes ni cloisons pour s’isoler – ne peut que conduire à faire éclore chez des individus, très frustes et illettrés pour la grande majorité, ce qu’il y a de pire dans l’animal humain.

Le peuple des pontons ne fait pas exception à la règle, qui s’est organisé en classes sociales bien définies.

Les voici, décrites par l’un des ses membres. Elles sont au nombre de trois :

« Messieurs » ou « Bourgeois », « Officiers », « Raffalés » ou « Peuple souverain ».

Il y a peu à dire sur les deux premières catégories, qui regroupent les hommes, soldats ou marins, qui ont conservé autant de dignité que leur triste situation le leur permet. Avec les « Raffalés », vus comme « une formidable agrégation des plus mauvais sujets », on descend de quelques degrés.

Mais la vraie descente aux Enfers est l’apanage exclusif d’une sous-catégorie, encore plus abrutie ou plus malheureuse de « Raffalés » : les « Manteaux Impériaux ».

Cette appellation nécessite une explication. Elle nous est donnée par le même témoin :

« Les Manteaux Impériaux étaient réduits à ne plus posséder au monde que leur couverture qu’ils appelaient Manteau, et comme elle était couverte de milliers de poux, on avait irrespectueusement imaginé que c’était la représentation des abeilles du manteau de cérémonie de l’Empereur, et de là, le nom de Manteau Impérial. »

Tant qu’il fait jour, ces malheureux ne mangent rien, mais l’arrivée de la nuit les voit se lever, et se répandre de tous côtés sous les hamacs :

« Ils marchaient à quatre pattes, cherchant, pour les dévorer, des pelures de pomme de terre, des croûtes de pain, des os ou autres débris qu’ils pouvaient trouver dans les coins ou au milieu des tas d’ordures de la batterie. »

Ils ne sont plus des humains, mais des cancrelats en quête d’épluchures.
Ils ne connaissent plus de lois, ils ne respectent plus la plus élémentaire bienséance :

« Les pontons, ce séjour d’étroite détention, était aussi celui d’une liberté illimitée, ou plutôt d’une licence sans frein, car il n’existait ni crainte, ni retenue, ni amour-propre dans la classe qui n’avait pas été dotée des bienfaits de quelque éducation. On y voyait donc régner insolemment l’immoralité la plus perverse, les outrages les plus honteux à la pudeur, les actes les plus dégoûtants, le cynisme le plus effronté. »

Les conditions de (sur)vie, qui sont les leurs, les ont totalement dégénérés.

Ravagés. Ces loques sordides et pitoyables, naguère des hommes, ont craqué.

Suite au prochain épisode…

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