Voici le 6e et dernier épisode des « pontons britanniques »… Sachez que le 1er épisode a déjà choqué Madame Sophie Muffat, conférencière pour la Fondation Napoléon (article en ligne). Et bien continuons à choquer, continuons à diffuser la vérité sur cette affaire, comme l’avait souhaité le Grand Napoléon. La question « La Fondation Napoléon “planque-t-elle” les crimes de l’Angleterre ? » fera encore trembler les salons parisiens.

UNE ACCUSATION TERRIBLE

Lorsque ces pauvres bougres sont au bout du rouleau, le gouvernement anglais décide de s’en débarrasser. Pour retrouver leur « sweet home ».

Mais dans quel état ?

Réponse d’un officier du 45ème de ligne :

« Il est difficile de concevoir combien il était destructif d’entasser ainsi des hommes, les uns sur les autres, dans un antre étroit, ténébreux et fétide, où l’air, toujours comprimé et presque continuellement infecté, gâtait les poumons et attaquait la vie jusque dans ses sources ; où le manque d’exercice, la nourriture mauvaise et insuffisante, paralysaient insensiblement toutes les forces physiques ; où le chagrin, le souci, la douleur, la rage et le désespoir même souvent, dévoraient sans cesse l’esprit et abattaient l’âme ; où le sentiment constant de la plus profonde misère relâchait peu à peu le ressort de la morale, et où tous ces cruels pouvoirs, sapant à la fois les fondements de l’existence, n’en laissaient enfin à ceux qui la conservaient que ce qu’il en fallait pour en sentir tout le poids et toute l’horreur. Les cimetières anglais en rendaient témoignage, et les corps décharnés, les figures hâves, les esprits affaiblis, les âmes à demi éteintes de ceux qui, après cinq, sept, neuf années, eurent le bonheur tardif de revoir leur patrie, ont assez montré à leurs compatriotes quels horribles tourments ils avaient subis. »

Quelle terrible accusation !

Il ne faut pas se leurrer, ni jouer comme on le dit aujourd’hui les « bisounours ».

Les victimes de cette barbarie gardèrent longtemps rancune à leurs tortionnaires et aux politiciens qui les avaient mandatés et soutenus.

Bien qu’il eût écrit ses Mémoires en 1835, Bonnefoux n’avait rien oublié :

« Les pontons ont laissé de longues traces dans l’esprit des Français qui y ont survécu ; un ardent désir de vengeance a longtemps couvé dans leur cœur ; aujourd’hui même, que de longs rapports de paix ont établi tant de sympathie entre les deux nations, alors ennemies, je doute que, si l’harmonie venait à être troublée entre elles, le souvenir de ces lieux horribles, dont l’établissement fut la honte de l’Angleterre, n’éveillât encore d’âpres ressentiments, de vifs mouvements de courroux chez ceux qui furent condamnés à les habiter, ou seulement qui ont entendu de leurs parents, le récit des maux qu’ils y ont soufferts. »

Ces témoignages de douleur et de détresse rendent encore plus révoltante, plus écœurante, cette désinformation permanente (qui est devenue « vérité »), cette désinformation omniprésente véhiculée, notamment par les Anglais – cf. la phrase de Dan Snow et les royalistes français, désinformation, qui, depuis plus de deux cents ans, est parvenue à donner au grand public l’image repoussante d’un Napoléon, précurseur sanguinaire d’Adolph Hitler, et cela par manque de contradicteurs suffisamment honnêtes – ou courageux.

Il ne faut surtout pas altérer cette vision du « monstre ».

Et ne parlons même pas de la Fondation Napoléon dont le site escamote brillamment la question !

LA QUESTION QUI FÂCHE

Posons maintenant une question qui fâche : en quoi réside l’indignité d’une nation ou d’un régime ?

Moins dans le fait qu’elle ou qu’il déclare et fait la guerre que dans sa volonté d’avilir l’être humain avant de l’exterminer.

C’est ce que firent les nazis avec la sinistre efficacité que l’on sait.
Alors, ici, devant l’effroyable tableau esquissé plus haut, tableau que l’on chercherait en vain dans la France du Premier Empire, malgré, sans doute, quelques inévitables bavures dues à l’imbécillité, une autre question doit être posée.

Qui, de Napoléon, comme on ne cesse de le dire, de l’écrire et de le proclamer ad nauseam, ou du gouvernement conservateur anglais de cette époque, incarné entre autres par ce William Pitt, avec sa volonté froidement appliquée d’avilissement, et les raffinements d’une cruauté qu’il a encouragée et soutenue, doit être tenu pour le précurseur des nazis des années trente et quarante (1) ?

Je ne doute pas que le visiteur du « Carré » saura apporter la réponse qui lui paraîtra la plus appropriée.

Une chose est certaine : de nos jours, les responsables de cette dégradante barbarie seraient déférés devant la Cour pénale internationale de La Haye et condamnés.

Autant de traits qui rendent, je vais écrire révoltants par souci de ne pas employer de vocable plus brutal, des propos comme ceux que je reproduis ici.

Les premiers appartiennent à un comédien, Jacques Weber.
Interviewé par TV Mag du 20 décembre 2008 à propos d’un prochain rôle, celui d’un historien spécialiste de Napoléon (à qui pense-t-il ?), celui-ci déclara :

« Je ne suis pas fou de ce personnage, qui fait, hélas, partie de l’histoire de France. De grands historiens sont passionnés par Napoléon, malgré le fait qu’il ait fait régner une terreur sanguinaire. C’était un génie parce qu’il reste beaucoup de lui aujourd’hui, dans le Code pénal par exemple, mais un génie avec une grande part de mal. »

On sera moins étonné par les paroles d’un anonyme lecteur du quotidien en ligne Le Monde.fr, qui fit ce commentaire à propos du refus de deux journalistes d’une station de radio d’information de se voir décorées (il s’agit de deux femmes) de la Légion d’Honneur :

« Même si pour ma part je n’applique pas de façon globale l’adjectif de “prestigieuse” à une décoration instituée par un autocrate au moins criminel de guerre (mais je n’assimile pas l’ensemble de celles et ceux qui l’ont reçue à son initiateur)… »

De la part d’une certaine frange d’un grand public dupé depuis deux cents ans, une telle inculture se peut comprendre. Aussi se contentera-t-on de lui appliquer ce jugement du pasteur Martin Luther King (2) :

« Rien n’est plus dangereux au monde que la véritable ignorance et la stupidité consciencieuse. »

Mais que Jacques Weber, homme intelligent, cultivé, et grand comédien, tienne de tels propos, tout en étant persuadé qu’il est dans le vrai, démontre sans équivoque que le travail de sape entrepris depuis la chute de l’Empire a atteint son objectif : la destruction de l’homme Napoléon et de son œuvre (3).

Beau travail de mémoire ! Qu’en pensez-vous, M. Lapeyre ?

LE DERNIER MOT À L’EMPEREUR

Je terminerai l’évocation de ces symboles de la barbarie anglaise par une phrase, très belle, de Napoléon que je dédie à tous les Dan Snow et autres Jacques Weber de la terre :

« Les prisonniers de guerre n’appartiennent pas à la puissance pour laquelle ils ont combattu ; ils sont sous la sauvegarde de l’honneur et de la générosité de la nation qui les a désarmés. »

1 – Rappelons aussi, car ce « détail » est mal connu du grand public que le camp de concentration tel que nous le connaissons depuis les horreurs perpétrées par l’Allemagne nazie a été initié à la fin du 19è siècle et au début du 20è en Afrique du sud lors de la Guerre des Boers (ou Guerre du Transvaal, 1899-1902) par le général Frederick Roberts et Lord Kitchener, commandant des troupes anglaises. Celui-ci fit enfermer dans des camps de concentration quelque 120 000 Boers (soit environ le quart de la population) : femmes, enfants (une vingtaine de milliers d’entre eux y succombèrent de famine et de maladies infectieuses), vieillards, et plus de 120 000 Africains. En 1900, on comptait 34 de ces camps de la honte et de la mort lente. Il existe une effroyable photographie d’une petite fille de sept ans dont le père refusait de se rendre aux Anglais – elle se nomme Lizzie van Zyl – morte en 1901 de privations et de la typhoïde au camp de concentration de Bloemfontein en Afrique du Sud. Ce document n’a rien à « envier » à ce que les libérateurs purent constater en pénétrant dans les camps de concentration allemands. Plus tard, l’image fut utilisée par le secrétaire d’État aux colonies, Joseph Chamberlain à des fins de propagande pour convaincre le peuple anglais que les Boers maltraitaient leurs enfants et « justifier » la guerre. La vérité fut rétablie par une infirmière anglaise envoyée en mission en Afrique du Sud, Emily Woodhouse, célèbre pour la campagne active qu’elle mena contre les camps de concentration britanniques durant la seconde guerre des Boers.

2 – Militant non violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis et lauréat du prix Nobel de la Paix, cet homme de bien fut assassiné par un ségrégationniste blanc dans un motel de Memphis le 4 avril 1968.

3 – Un ancien ambassadeur de mes connaissances m’a dit combien il avait été choqué par le caractère tendancieux – et je suis courtois – de l’une des récentes expositions consacrées à Napoléon au Musée de l’Armée. Accueilli par des caricatures, dont on peut imaginer l’inspiration, le visiteur était tout de suite mis dans « l’ambiance ». L’important n’est-il pas de faire passer Napoléon pour un grotesque ? Il s’en était ouvert à l’une des petites éminences de la Fondation, qui lui avait répondu par des paroles creuses et menteuses qui leur sont habituelles. Il y a longtemps que je ne vais plus visiter ce genre d’expositions hypocrites, qui puisent leur lustre dans la magie du lieu qui les abrite. Il est vrai que l’on peut s’attendre à tout de la part d’une association qui ose tenter de substituer à ce monument qu’est le « Mémorial de Sainte-Hélène » une version « dégraissée » de quelque 1 000 pages ! J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur ce site que, si je déteste violemment les politiciens anglais de ce temps pour leur écœurant cynisme, je respecte le peuple anglais, car, jamais, il ne permettrait que de telles insultes soient adressées à ceux qu’à tort ou à raison il considère comme des gloires nationales qui ont fait la grandeur de son pays. Et pourtant, l’histoire et le passé colonial de l’Angleterre ne sont pas dépourvus de péripéties qui peuvent faire rougir. L’« Histoire Criminelle du Gouvernement Anglais », parue en 1841, est très instructive à cet égard.

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