LETTRE POUR LE MUSÉE CARNAVALET

En 2015, le musée Carnavalet de Paris avait organisé l’exposition « Napoléon et Paris, rêves d’une capitale ». On a pu y observer une huile sur toile d’Alexandre Paul Joseph Véron-Bellecourt représentant Napoléon à l’infirmerie des Invalides, le 11 février 1808.

UN MUSÉE MAL CONSEILLÉ

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On a pu y lire comme description, ceci :

« On voit, dans cette peinture de propagande, la sollicitude de l’empereur pour les blessés de guerre. Napoléon, qui était assez peu soucieux du sort de ces malheureux, tenait à donner l’image d’un guerrier compatissant, y compris à l’égard de ses ennemis. Ici, le pauvre soldat est éperdu de reconnaissance pour les quelques mots que lui adresse l’empereur ».

… dans cette peinture de propagande…

Dans plusieurs interviews, Philippe de Carbonnières, « conseiller historique » du musée Carnavalet, s’est plu également à employer le mot « propagande » à propos des projets parisiens voulus par Napoléon.

Par curiosité, allons voir la définition proposée par Wikipédia (une encyclopédie libre…) :

Ensemble d’actions psychologiques exercées sur les pensées et les actes d’une population, afin de l’influencer, l’endoctriner ou l’embrigader

Une « jolie » page sur ce mot – qui en est l’auteur ? – avec, évidemment, un paragraphe sur Napoléon, parmi les soviets et autres nazis – n’en soyez pas surpris. Aussi, sur les moteurs de recherche, les images de ce mot, dominées de rouge et de noir, correspondent, non pas à Stendhal, mais « aux heures les + sombres » de notre Histoire, pour reprendre une expression à la mode.

Napoléon 1er serait-il donc le père spirituel des horreurs du XXe siècle ?

LA LETTRE D’UN GRAND HOMME

On ne va pas s’attarder sur les raisons pour lesquelles le « conseiller historique » du musée Carnavalet emploie ce mot de « propagande ».

En réponse, nous transmettons une lettre de l’Empereur adressée à Madame Mère, datée du 4 février 1808 et publiée dans le Moniteur le 7 février 1808, donc quelques jours avant sa visite aux Invalides. Une lettre que le « conseiller historique » du musée Carnavalet ne doit pas connaître et qui aurait eu toute sa place à côté de cette huile sur toile.

Appréciez donc ce qui suit :

« J’ai lu avec attention les procès-verbaux du chapitre général des sœurs de charité. J’ai fort à cœur de voir s’augmenter et s’accroître le nombre des maisons et des individus de ces différentes institutions ayant pour but le soulagement et le soin des malades de mon Empire.

J’ai fait connaître à mon ministre des cultes ma volonté, que les règlements de ces différentes institutions fussent révisés et arrêtés définitivement par mon Conseil dans l’année.

Je désire que les chefs des différentes maisons sentent la nécessité de réunir des institutions séparées, autant que cela sera possible ; elles acquerrons plus de considération, trouveront plus de facilités pour leur administration et auront droit à ma protection spéciale. Toutes les maisons que les députés ont demandées, tous les secours de premier établissement et secours annuels que vous avez jugé convenable de demander pour elles, seront accordés.

Je suis même disposé à leur faire de nouvelles et plus grandes faveurs toutes les fois que les différents chefs de maison seconderont de tous leurs efforts et de tout leur zèle le vœu de mon cœur pour le soulagement des pauvres, et en se dévouant, avec cette charité que notre sainte religion peut seule inspirer, au service des hôpitaux et des malheureux.

Je ne puis, Madame, que vous témoigner ma satisfaction du zèle que vous montrez et des nouveaux soins que vous vous donnez. Ils ne peuvent rien ajouter aux sentiments de vénération et à l’amour filial que je vous porte. »

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1 Réaction

  1. Jean-Claude Damamme 26 avril 2015 at

    Je trouve Loïck Bouvier bien injuste avec ce brave conseiller « historique » du musée Carnavalet.
    Pourquoi cette sévérité ? Parce que ce M. Philippe de Carbonnières voit dans la toile représentée une œuvre de propagande ?

    Personnellement, je trouve que cette assertion démontre au contraire que le conseiller en question se réfère aux meilleures et aux plus indiscutables sources.

    En effet, la citation qui suit montre que M. de Carbonnières a reçu 5/5 la leçon que nous administre depuis des années – mais avec suffisamment de discrète hypocrisie pour que le grand public n’y voit que du feu – un personnage qui apparaît de temps à autre sur le site du « Carré ».
    J’ai nommé « l’empereur des études napoléoniennes », selon la belle formule chère à un journaliste de, me semble-t-il, « Valeurs Actuelles », mais dont le nom, aujourd’hui, m’échappe. Vous l’aurez reconnu sans qu’il soit nécessaire de le désigner plus précisément.

    La citation est extraite d’un ouvrage de « référence » devant lequel chacun est invité à s’incliner : le « Dictionnaire Napoléon ». :
    « S’il fallait pourtant caractériser d’un mot le génie de Napoléon, c’est son sens de la PROPAGANDE qui apparaîtrait comme le plus impressionnant… ; il se compose un personnage – petit chapeau, redingote grise, mèche [ne rappelle-t-elle pas quelqu’un, cette mèche ?], et main dans le gilet – qui connaîtra la fortune que l’on sait. »

    En fait, il ne manque au portait que la petite moustache. Suivez mon regard…
    La misérable assertion du conseiller historique du musée en question révèle, au mieux, une insondable ignorance, ou, au pire, s’inscrit dans cette tendance, bien dans l’air du temps, consistant à discréditer Napoléon sans relâche et par tous les moyens.

    Elle me remet en mémoire les propos d’un chroniqueur du magazine « Marianne », David Martin-Castelnau, dans le numéro 81 du mois de novembre 1998 :
    « Le débat dont Marianne avait rendu compte, à l’occasion de la sortie du Napoléon de Roger Caratini [autre pourfendeur emblématique de Napoléon], est une édifiante illustration de cette revanche posthume que s’acharnent à prendre les médiocres et les Tartuffe sur les accoucheurs de l’Histoire… »

    Le même chroniqueur poursuivait ainsi : « Voilà bientôt deux siècles, Hegel s’amusait déjà de la propension des professeurs d’histoire à blâmer ceux qui la font – au nom, bien sûr, de la morale et du sang versé. C’est ainsi, notait le philosophe allemand, que “ les petits maîtres d’école s’estiment supérieurs aux grandes figures du passé”…»

    Je crois que ceci résume assez bien le sentiment que nous devons ressentir lorsque nous sommes confrontés à ces détestables bassesses.

    Jean-Claude Damamme
    Représentant pour la France de la Société Napoléonienne Internationale de Montréal

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