MARCHAND DIT 3 CERCUEILS

En 2012, dans le documentaire L’ombre d’un doute sur France 3, le directeur de la Fondation Napoléon – rictus faussement hilareest revenu sur la différence du nombre de cercueils au moment de l’inhumation et de l’exhumation de Napoléon :

Le 9 mai 1821, un quatrième cercueil en acajou est livré. Dans le procès verbal, il y a peut-être un problème d’ordre ! Marchand s’est trompé ou il n’a pas fait attention ; c’est une hypothèse qui est tout aussi valable que Marchand était complice avec les Anglais pour aller subtiliser le corps de Napoléon. (sic)

POURQUOI 4 CERCUEILS ?

En effet, les procès verbaux d’inhumation, signés Marchand, Montholon, Bertrand et Hudson Lowe, indiquent 3 cercueils.

Et le procès verbal d’exhumation, d’octobre 1840, indique 4 cercueils.

Le directeur de la Fondation Napoléon semblait troublé en abordant ce sujet, se souvenant sans doute de l’affaire « perlimpinpin ».

De toute évidence, dans la position qu’il occupe, il devait dire 4 cercueils au public. Dire un chiffre différent aurait eu l’effet d’une bombe, et l’Angleterre se verrait dans l’obligation de rendre des comptes à la France et à l’Histoire, avec des conséquences graves sur le plan diplomatique. Cependant, était-il obligé de dénigrer le « sincère et fidèle » Marchand ? Ce Marchand là ne commerçait en rien. Ainsi donc, « quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ».

« S’il y a peut-être un problème d’ordre » d’après le directeur de la Fondation Napoléon, rien ne prouve que le cercueil en acajou, arrivé le 9 mai 1821, soit le quatrième – ne serait-il pas le troisième et dernier ?

Pourquoi en faire 4 quand 3 suffisent ?

Telles sont les questions à se poser. Marchand n’a pas signé seul le premier procès verbal d’inhumation et Hudson Lowe a indiqué, lui aussi, 3 cercueils sur le second procès verbal quelques jours plus tard.

L’AIDE DES SCIENTIFIQUES

Le 11 mai 1840, soit 19 ans après la mort de Napoléon, le gouvernement anglais accorda la demande de transfert des restes mortels. Mais avant de partir à Sainte-Hélène, il fallait obtenir les conseils des scientifiques sur la conservation du corps pendant l’exhumation et la traversée maritime.

Le 2 juin 1840, le comte de Rémusat, ministre de l’Intérieur, demanda aux scientifiques Boutron, d’Arcet, Pelletier et Ollivier de réaliser un mémoire, avec Marchand, témoin et signataire du procès-verbal d’inhumation.

Trois jours après, le 5 juin, un rapport scientifique fut remis au ministre.

RÉVÉLATION EXPLOSIVE

En 2011, après une recherche, je découvrais ce « rapport scientifique », avec le témoignage de Marchand qui bouleverse tout ce qui avait été dit et écrit sur le sujet des cercueils de Napoléon.

En 170 ans, cette source historique n’avait jamais été relayée, et hasard, les historiens de salon et grands médias s’en moquent.

Ci-dessous, un extrait du rapport où Marchand décrit l’inhumation avec précision, restant fidèle à la version de mai 1821, c’est à dire trois cercueils :

« Monsieur le ministre,

Vous avez désiré qu’une commission prise dans le sein du conseil de salubrité examinât s’il n’y aurait pas des précautions particulières à prescrire, lors de l’exhumation des restes de l’Empereur Napoléon, pour en assurer la conservation, non-seulement pendant cette opération, mais encore dans le cours de la longue traversée que nécessite leur translation en France.

Pour donner des instructions utiles dans une telle circonstance, nous avions besoin de quelques explications préliminaires. En effet, indépendamment des conditions toutes spéciales qui favorisent la décomposition des corps dans certains cas déterminés, et qui peuvent hâter leur destruction, il est une cause générale qui exerce toujours une grande influence sur les progrès de la putréfaction ; nous voulons parler de l’action de l’air et de l’humidité.

Il importait donc que nous eussions d’abord des renseignements précis, bien circonstanciés, sur l’ensevelissement et l’inhumation du corps de Napoléon, car les mesures qui peuvent être prises doivent varier suivant que le corps aura été ou non soustrait complètement au contact de l’air jusqu’à l’époque de l’exhumation.

Voici le résumé succinct des faits que nous a rapportés à ce sujet, M. Marchand, valet-de-chambre de l’Empereur, qui, sur votre invitation, s’est empressé de se rendre près de la commission, et de lui donner tous les détails de ce qu’il avait lui-même observé.

L’autopsie, faite par le docteur Antommarchi, a été bornée à l’ouverture des cavités de la poitrine et de l’abdomen. Le cœur fut enlevé et déposé avec de l’alcool clans un vase d’argent qui fut scellé et placé ensuite près du corps, dans le cercueil ; l’estomac fut de même recueilli et placé avec de l’esprit de vin dans un autre vase d’argent, qui fut aussi exactement soudé et déposé dans la bière. Le crâne est resté intact. Aucun aromate, aucun moyen d’embaumement, ne fut employé après cette opération. Les parties incisées furent rapprochées par des points de suture, le corps de l’Empereur fut ensuite complètement habillé, et revêtu de l’uniforme qu’il affectionnait, celui des chasseurs à cheval de la vieille garde. Il resta ainsi exposé sur un lit de parade du 6 au 7 mai. Dés le 7 au matin, le corps répandait déjà une odeur putride assez prononcée, et le soir du même jour, il fut déposé dans un premier cercueil en fer blanc, doublé de soie blanche, la tête soulevée par un oreiller de même étoffe. Ce premier cercueil fut soudé avec soin et placé dans un second cercueil en plomb, dont tous les compartiments furent exactement soudés : celui-ci fut enfin renfermé dans une caisse en acajou de 18 millimètres d’épaisseur environ, et fermée avec des clous à vis. Dès-lors, il n’y eut plus d’odeur bien prononcée, et M. Marchand ne se rappelle pas qu’il s’en soit dégagé d’une manière appréciable, pendant le transport du corps de Longwood au caveau où il devait être déposé.

Les murs de ce caveau, qui peuvent avoir 2 mètres et demi à 3 mètres de profondeur sur un mètre 25 centimètres de largeur, sont en maçonnerie; ils avaient été construits par les ordres de sir Hudson Lowe, immédiatement après la mort de Napoléon. Le cercueil fut descendu au fond de ce caveau. M. Marchand n’a pu nous dire s’il avait été posé à plat sur le fond du caveau, ou soulevé par des traverses qui l’en isoleraient. Une large dalle en pierre fut ensuite scellée au-dessus du cercueil, à la hauteur d’un mètre environ de distance du fond du caveau; en sorte qu’il existe, autour de la bière un vide assez considérable et un intervalle d’un mètre 20 ou 30 centimètres environ qui sépare la dalle placée au-dessus du cercueil, des dalles qui forment la partie supérieure du caveau. Enfin, nous ignorons qu’elle est la nature du sol dans lequel ce caveau a été creusé, et nous ne savons pas davantage s’il est habituellement sec ou humide. D’après les détails qui précèdent, il est impossible de prévoir dans quel état particulier les restes de l’Empereur Napoléon peuvent être actuellement ; indiquons donc ici les divers modes de destruction que le corps peut avoir subis, par suite des conditions spéciales dans lesquelles il se trouvait.

Les progrès de la décomposition putride ont été nécessairement hâtés, dès l’origine, par le fait seul de l’autopsie qui a précédé l’exhumation. Or, les produits de cette décomposition, qui était devenue promptement manifeste, n’ont-ils pas alors altéré le métal du premier cercueil, de manière à le détruire complètement dans certains points de sa surface ?

– Dans ce cas, pour peu que les soudures du cercueil en plomb n’aient pas été faites exactement, il est à craindre qu’un air humide n’ait pas tardé à avoir accès dans l’intérieur de la bière, et dès-lors une destruction plus rapide du corps en aura été sa conséquence. (On a vu que la construction du caveau ne fut commencée qu’après la mort de l’Empereur ; il était donc vraisemblable que les murs, dont la maçonnerie était aussi récente, pouvaient entretenir pendant quelque temps plus ou moins d’humidité dans l’espace occupé par le cercueil)

 – Au contraire, si les divers cercueils sont restés intacts, si leurs parois ont préservé le corps de tout contact avec l’air humide du caveau, malgré l’intervalle des dix-neuf années écoulées depuis la mort de l’Empereur, il est possible que le cadavre soit en partie momifié, ou que la bière contienne encore des débris demi-liquides, ainsi qu’on l’a observé dans des exhumations faites après un temps beaucoup plus long, et dans lesquelles le corps avait été renfermé clans un cercueil en plomb, bien exactement soudé.

Nous avons donc pensé qu’il convenait de prescrire des mesures applicables à chacun des cas que nous venons d’indiquer, comme autant d’éventualités qui pouvaient se présenter. Mais il est une première question dont la solution peut abréger toutes les mesures nécessitées par l’exhumation, c’est celle-ci : doit-on constater ou non l’identité du corps, avant son enlèvement de l’île Sainte-Hélène ?

– Si le gouvernement français accepte sans contrôle le dépôt qui doit lui être remis par le gouvernement anglais, le moyen le plus sûr de conserver les restes de l’Empereur, dans l’état où ils sont aujourd’hui, c’est de placer les cercueils tels qu’ils sont, dans une caisse de plomb coulé, immédiatement après l’exhumation, et sur les lieux mêmes, après leur extraction du caveau. Il importe que ce cercueil d’enveloppe soit en plomb coulé et non pas en plomb laminé, parce que les feuilles de ce dernier présentent assez souvent des fissures plus ou moins étendues. Ces feuilles de plomb coulé devront avoir 2,5 mm d’épaisseur. Les cercueils ainsi renfermés dans une enveloppe bien hermétiquement close, seront ensuite placés dans la caisse d’ébène que l’on fait confectionner ici. De la sorte on n’aura point à redouter l’influence destructive de l’air et de l’humidité pendant la traversée, et les restes de Napoléon arriveront ainsi à Paris, dans l’état où ils se trouvaient à Sainte-Hélène, sauf le dérangement que les objets renfermés dans la bière pourront éprouver pendant le transport du cercueil.

– Mais si l’identité du corps doit être constatée au moment de l’exhumation, voici les précautions qu’il nous paraît utile de prendre, en procédant à cette opération, et les recherches qu’on devra faire. Quand on séparera le cercueil en bois des caisses métalliques qu’il recouvre, on évitera soigneusement d’imprimer des secousses brusques à ces dernières, surtout si elles paraissent être intactes. Si elles sont, au contraire, détériorées ou percées, le couvercle sera coupé à son pourtour avec des cisailles, et l’on procédera le plus promptement possible à la constatation de l’identité du corps.

Nous n’avons pas à énumérer ici les différents objets qui ont été déposés près du corps de Napoléon ; leur indication est connue. Mais il est plusieurs particularités relatives au corps lui-même sur lesquelles l’attention devra être fixée. Ainsi, il résulte des renseignements que M. Marchand nous a donnés, qu’à l’exception de deux dents qui lui furent arrachées par le docteur O’Méara, l’Empereur avait conservé toutes les autres jusqu’à sa mort: les dents enlevées étaient deux molaires. On devra donc vérifier le nombre de celles qui restent, car quel que soit le degré de destruction du corps, ces os doivent encore exister avec tous leurs caractères.

En second lieu, d’après les instructions qu’il avait reçues, M. Marchand coupa très ras tous les cheveux qui recouvraient sa tête. Or, si le corps a subi une momification dans quelques-unes de ses parties, les téguments du crâne offriront surtout cet état particulier, et on pourra juger facilement de la longueur des cheveux qui y seront encore implantés. Leur couleur peut même ne pas avoir éprouvé de changement notable. Enfin, dans la soirée du 6 mai 1821, la face de Napoléon fut moulée. Il paraît qu’à défaut de plâtre, on se servit de la chaux d’une pierre calcaire qui se trouvait au milieu des galets de la plage de Sainte-Hélène. Il est possible, ainsi qu’on le voit habituellement dans cette opération de moulage, que quelques parties de la pâte calcaire appliquée sur le visage, soient restées adhérentes aux poils des sourcils. On devra donc faire des recherches à ce sujet. Nous croyons presque inutile d’ajouter ici que nous raisonnons toujours dans l’hypothèse où la tête, en particulier, aurait subi une véritable momification; enfin, lors même que toutes les parties molles en auraient été détruites, qu’elle serait réduite à l’état de squelette, on s’assurera si la cavité des fosses nasales ne contiendrait pas quelques débris desséchés de la pâte calcaire qui auraient pu pénétrer par les narines au moment du moulage. Comme nous l’avons déjà dit, il est nécessaire que la vérification, de tout ce qui se rattache à la question d’identité, soit faite aussi rapidement que possible, afin de soustraire promptement toutes les parties au contact de l’air ; moins leur exposition sera prolongée, et plus on aura de chances de les conserver intactes. Cette constatation terminée, les restes de l’Empereur seront immédiatement renfermés dans un cercueil en plomb coulé, bien exactement clos, et dont le couvercle sera soigneusement soudé ; on pourra ensuite le placer dans le cercueil d’ébène dont nous avons déjà parlé. Toutes les observations qui précèdent et les mesures que nous venons d’indiquer sont applicables, comme on l’a vu, au cas dans lequel les cercueils en métal auraient été détériorés ou détruits dans une étendue plus ou moins considérable; mais s’ils sont encore intacts, exactement clos, au moment de l’exhumation, alors on devra employer pour les ouvrir les précautions suivantes. Ces cercueils seront placés sur une table exposée en plein air. On pratiquera à une de leurs extrémités, et près du couvercle un trou de 20 à 25 millimètres de diamètre, en ayant soin de se garantir des gaz qui pourraient sortir avec, force de l’intérieur du cercueil s’ils y étaient comprimés. On percerait ensuite un autre trou semblable à l’extrémité opposée du cercueil, puis au moyen d’un soufflet, on en chasserait les gaz infects, en y faisant ainsi passer successivement une assez grande quantité d’air. On pourra alors achever de désinfecter l’intérieur du cercueil en y injectant une quantité suffisante de créosote. Nous préférons cette matière au chlore qui, dans cette circonstance, pourrait altérer les différents objets contenus dans le cercueil. La désinfection, ainsi opérée, le cercueil sera ouvert de la manière déjà indiquée, et l’on pourra encore, si l’on veut, répandre en même temps du chlorure de chaux sec autour de la bière, sur la table et sur le sol.

Si l’on trouvait alors les restes du corps mêlés à des liquides stagnants au fond du cercueil, on dessécherait le tout en se servant de sciure de bois bien sèche, et rendue odorante par l’addition d’une quantité convenable de créosote. On procéderait ensuite à l’examen du contenu du cercueil, comme si les restes du corps eussent été trouvés à l’état sec. Ils seraient immédiatement placés dans un autre cercueil en plomb, exactement clos et bien soudé. Nous n’avons pas proposé pour ces diverses opérations le chlorure de chaux, attendu sa conversion immédiate en chlorure de calcium, et l’inconvénient qu’il a alors tout à-la-fois d’attirer l’humidité de l’air et d’attaquer les métaux. Enfin, si le cœur et l’estomac sont retrouvés intacts ou peu altérés, on conserverait chacun de ces organes dans un vase bien clos, préalablement rempli d’alcool à 38° ou 40°.

Tels sont, monsieur le ministre, les moyens qui nous paraissent les plus propres à assurer la conservation des restes actuels de l’Empereur Napoléon, lorsqu’on en fera l’exhumation.

Nous avons l’honneur d’être, etc. »

Source: Annales d’hygiène publique et de médecine légale de janvier 1841. Mémoire sur les mesures qu’il convient de prescrire lors de l’exhumation des restes de l’Empereur Napoléon, par MM. Boutron, d’Arcet, Pelletier, et Olivier (d’Angers).

(Visited 11 times, 1 visits today)

Réagir

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *