MESSAGE DE SAINTE-HÉLÈNE

Après avoir perdu la bataille de Waterloo, Napoléon dut abdiquer et se rendit tel Thémistocle à la couronne anglaise. Exilé dans l’île de Sainte-Hélène, en plein milieu de l’Océan Atlantique sud, il fut accompagné d’une poignée de fidèles dont Las Cases, Montholon, Bertrand et Gourgaud. C’est à partir de 1818, que sa santé se détériora. Au début de l’année 1821, de vives douleurs à l’estomac l’obligèrent à rester au lit et le 5 mai 1821 à 17h49, il décéda.

MESSAGE AUX HISTORIENS

Rien ne saurait détruire ou effacer les grands principes de la Révolution, les grandes et belles vérités demeureront à jamais, elles seront la foi, la religion, la morale de tous les peuples, et cette ère mémorable se rattachera à sa personne. Sa tragique destiné lui offrit une nouvelle vie. Le mémorial de Sainte-Hélène, issu de la conversation avec Las Cases, le révèle comme l’héritier de la Révolution, l’organisateur de la nouvelle Europe, le messager d’un idéal :

« Après tout, ils auront beau retrancher, supprimer, mutiler, il leur sera bien difficile de me faire disparaître tout à fait. Un historien français sera pourtant bien obligé d’aborder l’empire, et, s’il a du cœur, il faudra bien qu’il me restitue quelque chose, qu’il me fasse ma part, et sa tâche sera bien aisée, car les faits parlent, ils brillent comme le soleil…

J’ai refermé le gouffre anarchique et débrouillé le chaos. J’ai dessouillé la révolution, ennobli les peuples et raffermi les rois… J’ai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites, et reculé les limites de la gloire !

Tout cela est bien quelque chose !

Et puis, sur quoi pourrait-on m’attaquer qu’un historien ne puisse me défendre ? Seraient-ce mes intentions ?

Mais il est en fond pour m’absoudre.

Mon despotisme ?

Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité.

Dira-t-on que j’ai gêné la liberté ?

Mais il prouvera que la licence, l’anarchie, les grands désordres étaient encore au seuil de la porte.

M’accusera-t-on d’avoir trop aimé la guerre ? Mais il montrera que j’ai toujours été attaqué.

D’avoir voulu la monarchie universelle ?

Mais il fera voir qu’elle ne fut que l’œuvre fortuite des circonstances, que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m’y conduisirent pas à pas.

Enfin, sera-ce mon ambition ?

Ah ! sans doute, il m’en trouvera, et beaucoup ; mais la plus grande et la plus haute qui fut peut-être jamais ! Celle d’établir, de consacrer enfin l’empire de la raison, et le plein exercice, l’entière jouissance de toutes les facultés humaines !

Et ici, l’historien, peut-être, se trouvera réduit à devoir regretter qu’une telle ambition n’ait pas été accomplie, satisfaite ! …

En bien peu de mots, voilà pourtant toute mon histoire ».

SOURCES :

Mémorial de Las Cases, Mémoires de Bertrand.

Image à la une : Napoléon, allégorie, tableau de Jean-Baptiste Mauzaisse, château de Malmaison.

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