NAPOLÉON, JOUEUR DE POKER

Dans un autre texte présent sur le site (Pas une flèche, ce Drouot), Kaspy prend avec vigueur la défense d’un grand, d’un très grand personnage des Armées napoléoniennes, le général d’artillerie Antoine Drouot.

Il a raison.

Mais je considère qu’il est scandaleux que certains d’entre nous soient obligés de tirer l’épée pour, en quelque sorte, réhabiliter un homme qui en imposa à ses frères d’armes et à Napoléon lui-même autant par ses capacités de soldat que par ses qualités d’homme. Ridiculiser, rabaisser les hommes les plus indiscutables de la Grande Armée est l’un des « hobbies » favoris des caïds de la napoléonie.

J’ose une question : sur la base de quelles compétences techniques le « juge » en question se permet-il de dénigrer celui que même son « patron », Napoléon, respectait pour sa droiture et sa maîtrise de l’art difficile de l’artillerie ?

La réponse restera vide de mots. Et tant pis pour ceux qui n’auront pu entendre – et hélas retenir – que ces paroles fielleuses.

C’ÉTAIT DU BLUFF…

Napoléon lui-même n’est d’ailleurs pas à l’abri de ses traits empoisonnés.

En voici un parmi de nombreux autres. Notre homme affirme que la conception que Napoléon avait de la guerre ressortissait davantage au poker qu’au jeu d’échecs, dans lequel il était, en outre, paraît-il, « très
mauvais ». À croire qu’il a joué avec lui !

En d’autres termes, et sauf mauvaise interprétation de ma part, c’était « bluff », et non pas réflexion stratégique.

Poker

On peut toujours rapprocher cette affirmation d’une phrase de Napoléon :

Dans la guerre, rien ne s’obtient que par le calcul : tout ce qui n’est pas profondément médité dans les détails ne produit aucun résultat.

Dans un document qui se trouve dans la bibliothèque de l’académie militaire américaine de West Point, on peut lire ceci :

Les batailles, les campagnes et les théories militaires de Napoléon ont été étudiées par les cadets de l’académie militaire des États-Unis depuis au moins 1817. Même aujourd’hui, l’Empereur [avec un « E » en capitale !] reste l’exemple même du grand chef de guerre éminemment digne d’étude…

Qui aurait osé imaginer que, depuis 1817, les futurs chefs des armées des États-Unis passaient ainsi plusieurs années à l’Académie militaire de West Point à apprendre le… poker sous la férule de Napoléon ?

Notons, dans la même veine, que, lors d’une émission de télévision consacrée à l’Empire, l’un des invités, journaliste, affirma de son plus grand sérieux et en présence du pape qui resta coi, qu’Austerlitz était une bataille – il aurait pu dire également : une partie – ratée, dont… le hasard fit la victoire que l’on sait.

Il faut oser. Et ils osent.

Autre jugement formulé, celui-ci, par un homme, aujourd’hui décédé, qui savait vraiment de quoi il parlait, tout en se laissant aller lui aussi, Angleterre oblige, aux habituelles mesquineries lamentables envers Napoléon : il s’agit de David Chandler, qui fut directeur des Études du Département de la Guerre à l’Académie royale militaire de Sandhurst (Grande- Bretagne) :

Il [Napoléon] a fait une fois pour toutes la preuve de sa maîtrise d’un art de la guerre fondé sur sa faculté à adopter “en souplesse” un plan de rechange. Sous de nombreux aspects, la guerre ne fut plus jamais tout à fait la même. Il est évident qu’une nouvelle ère, qui allait largement durer jusqu’à la fin du 20è siècle, venait de voir le jour.

Ce jugement porté sur Napoléon par le professeur David Chandler se rapporte à la campagne de Prusse de 1806 !

Nous sommes ici bien loin du « joueur de poker » cher au personnage évoqué plus haut.

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