Minne

Olivier Minne, un c.nnard qui insulte Napoléon à la télévision. C’est vrai, j’en conviens, il est grossier de s’exprimer ainsi. Et encore, pour gommer un peu la brutalité du mot, l’ai-je amputé d’une lettre. Personne ne s’y trompe, mais les apparences sont (presque) sauves. Il n’est pas, en effet, dans mes habitudes de m’exprimer de cette manière sur le site du « Carré », mais cette licence verbale trouve son sens quelques lignes plus bas… Vous verrez.

Il est, à la télévision française, des émissions qui ambitionnent de marquer leur temps. Et nos esprits. Peut-on ranger dans cette catégorie celle qui passe tous les jours sur France2, à 18 heures, et en l’occurrence, le 31 octobre dernier ?

Son titre : « Tout le monde a son mot à dire » .

Sa profession de foi est à la fois simple et prometteuse. La voici résumée, telle qu’elle apparaît sur le site de la chaîne nationale :

Une gymnastique quotidienne de l’esprit pour s’amuser avec la langue française et enrichir sa culture générale.

En meneurs de ce jeu – culturel, il faut le souligner – un duo : Olivier Minne et Sidonie Bollec.

Je ne vais pas exposer ici le principe du jeu que l’on peut trouver décrit par le menu sur les moteurs de recherche ou sur le site de France 2.

QUESTION CULTURE, ON EST SERVI !

« Comment se nomme la structure sous laquelle on s’abrite pour boire le petit vin blanc ? » ; « Jour de la semaine qui commence par ME ? » ; « Nom du papier brillant qui contient de la pâte de fruit » ; « Elle prédit notre sort grâce aux cartes ? ». Etc.

Étourdissant !

D’autres sont quand même plus fines, plus « culturelles » : « Pour se racheter d’un crime lié à un mauvais sort, il accomplit douze travaux ? ». Réponses sur le site de l’émission.

Puis, arrive cette autre question : « Quel est l’État des États-Unis qui doit son nom à un roi de France ? ». Une candidate répond avec brio (cela dit sans sarcasme) : « La Louisiane » ! 

LA TIRADE D’OLIVIER MINNE

Et, à ce moment…

L’animateur (Olivier Minne) s’anime, et lance une sacrée tirade :

Nous lui devons beaucoup de choses à la Louisiane, d’abord le fait d’avoir fait rayonner la culture française pendant des années en Amérique du Nord avant qu’il y ait – attention ! – un CON [c’est à dessein que je l’ai écrit en toutes lettres] qui l’ait vendue pour trois fois rien aux Américains.

Et pour que ce message (en français perfectible) soit reçu de tous « cinq sur cinq », M. Minne ajoute d’un air entendu – on dirait qu’il récite une leçon – mais en baissant la voix comme s’il avait honte (seulement comme si, évidemment) :

Je parle de Napoléon, on s’comprend, l’un des comparses opinant du chef d’un air affligé : Ah franchement !

Et on rit, et on rit de ce trait. Ah !, l’esprit français !

RETOUR DE BÂTON

La profession de foi de l’émission disait donc juste à propos de l’enrichissement de la culture générale, puisque l’on y apprend que Napoléon est un « c.. ».

D’où le titre volontairement brutal (mais édulcoré) de ce texte, car lorsque l’on se permet de traiter de la sorte un homme comme Napoléon, alors que, à l’instar de l’auteur de ces lignes, l’on n’est rien ou peu par rapport à lui, il faut s’attendre à un retour de bâton.

L’animateur étant franco-belge, on peut lui dédier cette citation de l’un de ses (« demi ») compatriotes du 18ème siècle, Goswin de Stassart, écrivain et homme politique :

L’arrogance est le partage ordinaire de la médiocrité.

Si la télévision française est parfois une sorte de crachoir qui permet à certains d’expectorer leur haine et leur stupidité, il me semble que c’est la première fois que Napoléon est injurié d’une manière aussi crue dans une émission, « culturelle » (sic) de surcroît.

J’ai lu que « Tout le monde a son mot à dire » est venue remplacer un magazine qui avait été arrêté pour faute d’audiences suffisantes. Cette fois, aucun risque. Avec le « c.. », le succès est assuré.

Au fond, le succès c’est simple. Simple comme une insulte.

Jean-Claude Damamme
★ Jean-Claude Damamme
Écrivain spécialisé sur la période napoléonienne. Ouvrages publiés : Lannes, Maréchal d'Empire (éd. Payot) ; Les soldats de la Grande Armée (éd. Perrin) ; La Bataille de Waterloo (éd. Perrin et Tempus) ; Les Aigles en Hiver, Russie 1812 (éd. Plon) ; Les Années-Mémoire (éd. Larousse-Bayard Presse) ; une série d'albums sur la France et le monde de l'après Grande Guerre.