RAGOTS D’HISTOIRE

À propos de l’émission Secrets d’Histoire intitulée : « Comment devient-on Napoléon? », présentée par Stéphane Bern et diffusée sur France 2, le 2 juin 2015. C’est à dire 15 jours avant le bicentenaire de Waterloo…

PRESSE DE CANIVEAU

On connaissait les perles de l’Éducation nationale où les élèves du bac écrivent des énormités, on connaissait les perles de la circulation routière où un gendarme raconte les excuses des automobilistes pendant un contrôle. Là, on a eu le droit à un florilège d’idées reçues qui ne volaient pas « très haut » et bien souvent « en dessous » de la ceinture. Pour résumer, le leitmotiv était du Q, du Q, du Q et 2 ou 3 vacheries pour casser Napoléon.

On aurait pu s’attendre à une émission parlant des grandes réalisations de Napoléon :

Pourquoi la création de la Banque de France et du Franc a été le facteur de stabilité financière jusqu’à la première guerre mondiale ? Pourquoi le Concordat et le grand Sanhédrin ont apporté des relations apaisées entre l’État et les diverses religions (catholique, protestante et judaïque) ? Pourquoi le Code civil a révolutionné la société ? Pourquoi ses idées sur une Europe des peuples fédérés nous ont permis de créer l’Europe actuelle ?

Mais au lieu de répondre à cela, ils ont préféré s’occuper de son sexe et aussi de salir son image de sauveur.

RAGOTS ET IRONIE

« Chez Napoléon, la passion amoureuse est associée au plaisir de faire la guerre, autant il aime Joséphine, autant il aime faire la guerre, ces deux passions se mélangent ».

Alors là, on en tient un bon ! Voilà que « faire la guerre » serait un plaisir et qu’on trouverait une jouissance particulière à risquer sa vie. Il faut être « crétin » pour dire cela, et ignorer complètement les raisons de la guerre. Les guerres entre la France et les diverses coalitions n’étaient pas de la volonté de Napoléon, elles ont commencé pendant la Révolution, c’est l’opposition entre le nouveau système et le système féodal, ce sont les vieilles monarchies européennes qui ont provoqué la guerre perpétuelle en Europe.

« À Jaffa, il ordonne de faire exécuter les prisonniers, c’est un crime de guerre ».

Napoléon serait donc un criminel de guerre. Qu’importe qu’un parlementaire ait été sauvagement tué et que les lois en vigueur soient bafouées ; que des soldats turcs, qui avaient été libérés sur parole, aient repris les armes ; qu’importe toutes les sauvageries qu’ont subi les Français, c’est la faute de Napoléon ! Il avait besoin de boire du sang, le sang de 3000 Turcs ne le rassasiait à peine pour une journée…

« Joséphine ressemble à Lætitia, la mère de Napoléon ».

Joséphine et Lætitia sont, toutes les deux, des femmes – donc complexe d’Œdipe, donc Napoléon voulait coucher avec sa mère…

« Avec Bonaparte, l’intendance disparaît ».

En effet, c’est pour cela que tous les régiments du train fêtent le 26 mars 1807. À cette date, à Osterode, Napoléon signe le décret portant la création du train des équipages militaires ! Le général Mathieu Dumas, le général Daru et Stendhal n’ont jamais eu rien à faire avec l’intendance.

« La propagande de l’épisode du pont d’Arcole, Bonaparte tombe à l’eau, et le pont reste aux mains des Autrichiens, mais la légende vient à la rescousse et transforme cet échec en un acte héroïque, digne des plus beaux récits de chevalerie ».

Oui, ce pont d’Arcole a été pris, c’est une victoire, elle figure même sur l’Arc de triomphe à Paris. C’est de la propagande, il n’y a pas d’acte héroïque… Tous les chefs d’État chargent au milieu de leurs hommes, Hollande avec son drapeau au Mali, entendant siffler les balles de kalachnikov… De Gaulle à Omaha beach… Pétain à Verdun… Louis XIV à Versailles…

« Napoléon n’était pas franchement admirablement équipé génitalement parlant… cette atrophie sexuelle… il courait la gueuse sans arrêt ».

Là, ça vole haut, on a hâte de voir un secret d’Histoire sur Einstein ; imaginez qu’il puait de la gueule, qu’il avait un petit sexe, qu’il était nul au lit, etc. Heureusement qu’ils sont devenus célèbres avec toutes ces tares !

« Si Napoléon fait jouer, au lendemain d’Austerlitz, le champ du départ au lieu de la Marseillaise, c’est parce que Rouget de l’Isle aurait été l’amant de Joséphine, mais ce sont de mauvaises langues qui disent ça ».

Oui, ce sont de mauvaises langues qui disent ça. Alors pourquoi le reprendre ? Il faut bien que Joséphine passe pour une « salope » et Napoléon pour un « cocu » !

« Marie Walewska s’évanouit et Napoléon la viole… c’est un viol ni plus, ni moins ».

Bien sûr, toutes les femmes s’évanouissent dès qu’elles sont émues. C’est une vraie plaie, toutes ces femmes qui s’évanouissent pour un oui ou pour un non, vivement qu’on trouve un médicament. En revanche, quand Joséphine s’évanouit pendant l’épisode de la répudiation, là, c’est une feinte. Marie Walewska a eu un enfant avec Napoléon, elle a revu son agresseur à maintes reprises, mais les historiens de salon ont jugé que c’était un viol.

« Pendant la campagne de Russie, il y avait des cas d’anthropophagie et certains mangeaient leur propre chair ».

Oui bien sûr, il y avait même l’histoire de l’homme qui est resté un mois sur le champ de bataille de la Moskowa, les deux jambes arrachées par un boulet de canon, sans manger, en habitant dans la carcasse d’un cheval mort. Un petit peu de « pathos », ça met du sel… Qu’importe, plus c’est gros, mieux ça passe.

« Joséphine terrassée par une pneumonie foudroyante ».

En effet, quatre jours c’est rapide, avec ce « chic » de mourir avant que le Roi de France lui remette l’argent que le tsar de Russie avait accordé. La peau de l’œsophage qui se décolle, et cette fameuse phrase de son docteur à Napoléon : « elle est morte de tristesse ! »

« Il y a une grande controverse sur l’empoisonnement, elle est balayée par un document incontestable qui est le rapport d’autopsie rédigé par le docteur Antommarchi. La cause ? Un ulcère à l’estomac qui tourne en cancer, dû à un état de faiblesse très grand et une mauvaise médication dans les derniers jours, mais on n’en est pas sûr, Napoléon serait mort de toute façon ».

Bien sûr, Napoléon serait mort de toute façon, comme tout le monde.

Le rapport de l’autopsie au 10e point dit :

ayant ouvert l’estomac, j’ai observé qu’il était rempli en partie d’une substance noirâtre, d’une odeur piquante et désagréable

Le 11e point dit : 

un trou produit par corrosion ulcéreuse des parois de l’estomac

Avant de mourir, on a donné à Napoléon du calomel, c’est à dire un acide de mercure !

On donne un acide, on en retrouve dans l’estomac, et on s’étonne de trouver un trou ! Mais bon, circulez, y a rien à voir ! Si Napoléon disait qu’on allait l’assassiner, si Joséphine et l’aiglon sont morts d’un coup de froid, si Paul 1er et Eugène de Beauharnais sont morts d’apoplexie, si Berthier s’est suicidé, il ne faut y voir que l’extrême élégance de mourir au bon moment.

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