TRANSACTIONS PAPALES

En 2012, un aumônier catholique de la gendarmerie de Vendée, Dominique Rézeau, avait publié une biographie de 287 pages sur le général Étienne Radet, éditions SPE Barthélemy – 19 euros avec possibilité de transaction Paypal.

Au journal Ouest-France, il avait répondu :

« Napoléon a fait prisonnier le pape Pie VI en 1798, et a séquestré le pape Pie VII en 1809, après l’annexion des états pontificaux par l’Empire. Napoléon, excommunié par Pie VII, ordonne son enlèvement dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809. Pie VII est resté prisonnier de Napoléon jusqu’en 1814″

Il précise, également, avoir travaillé à partir de documents officiels et que tous les faits relatés sont rigoureusement exacts…

PETIT COURS D’HISTOIRE

Pie_VI-Napoleon-popeEn février 1797, la France et les États pontificaux signèrent le traité de paix de Tolentino, à la suite des négociations du général Bonaparte. Le 28 décembre, à Rome, une émeute survint au palais de l’ambassade de France, et les soldats du pape Pie VI assassinèrent le général Duphot ; on apprit aussi que Ferdinand IV, roi de Naples, voulut conquérir le territoire. Début janvier 1798, le Directoire y envoya une armée pour sécuriser Rome et Pie VI s’enfuit. Il fut arrêté en juin, et décéda à Valence, un an plus tard, fin août 1799.

Napoléon ne pouvait pas être responsable de l’arrestation de Pie VI et des conditions de détention puisqu’il quitta la France le 19 mai 1798 pour la campagne d’Égypte.

L’APPUI AUX CATHOLIQUES

La Révolution Française fit apparaître, à la suite de l’abolition des privilèges du clergé, un processus d’athéisme. En juillet 1801, sous le Consulat, Napoléon et le pape Pie VII signèrent un Concordat redonnant à la religion catholique sa place majeure au sein de la société, avec moins de pouvoir papal. Le 2 décembre 1804, le sacre de Napoléon en présence du pape consolida les relations entre la France et le Vatican.

En 1807, à la suite du traité de paix de Tilsit entre la France et la Russie, la religion catholique put s’étendre en Italie, en Allemagne, en Pologne et en Saxe.

Mais paradoxalement, le Vatican prêcha la rébellion et menaça même d’excommunier Napoléon.

PIE VII AUX ANGES

Pie_VII-NapoleonEn 1808, les militaires anglais tentèrent, à de multiples reprises, de débarquer en Italie, y compris sur le territoire pontifical, d’où la nécessité d’envoyer, en observation, un corps d’armée.

La production du pays se chargeait de payer les rentes, l’intérêt de la dette et les employés, en donnant au moins 150 000 francs par mois à Pie VII.

ANALYSE DE LA SITUATION

En 1809, des correspondances furent trouvées entre les agents du Vatican et les Anglais, prouvant que Pie VII usa de son influence pour agiter les Italiens. En conséquence, Napoléon communiqua au Sénat deux décrets au sujet de l’annexion des États pontificaux, ainsi que la mise en place du Code civil et l’abolition de l’inquisition :

– Il est précisé que lorsque les papes souverains devinrent temporels par Charlemagne, ils restèrent vassaux de l’Empire… Et Pie VII refusa ce principe. Charlemagne, dans sa générosité envers les papes, eut pour but le bien de la chrétienté. Et Pie VII voulut s’allier avec les protestants et ennemis de la chrétienté, avec prières récitées à Rome.

Ainsi donc, le chef de la religion catholique, persistant dans son incohérence, négocia avec eux, lorsque, d’après les lois de l’Église, il dut s’éloigner d’eux et les excommunier.

– Les armées françaises furent à Naples et dans le nord de l’Italie, puis furent coupées par les États pontificaux. La première pensée était de laisser la puissance temporelle au pape, comme le fit Charlemagne, en lui demandant de contracter, comme souverain, une alliance offensive et défensive avec le royaume de Naples et celui d’Italie. Pie VII refusa.

Ainsi, les Anglais pouvaient se placer face aux armées françaises, couper les communications, établir à Rome le centre de leurs complots, et cette ville serait devenue le refuge des brigands. De cette conséquence, l’occupation française à Rome était nécessaire.

– Tout individu, prêchant la révolte et la guerre à Rome, risquait d’être traduit devant une commission militaire.
Il était recommandé de respecter Pie VII et de lui laisser ses meubles, ses tableaux, ses bijoux, ses palais et ses biens.

En réponse à ces décrets, Pie VII excommunia Napoléon. N’est-ce pas là, le summum du ridicule ? En revanche, des évêchés et archevêchés étaient vacants. À cet effet, les cardinaux, archevêques et évêques écrivirent à Pie VII pour savoir s’il confondait spirituel et temporel, et que, s’il n’instituait pas les évêques aux termes du Concordat, un schisme dans l’Église naîtrait…

DESSOUS D’UNE TRANSACTION

Début juillet 1809, les fêtes de Saint-Jean et de Saint-Pierre énervèrent les habitants de Rome. L’insécurité fut partout, et il ne resta sur place que 500 soldats et 100 gendarmes à cheval. Le général Miollis songea à se replier sur Spoleti et à éloigner Pie VII de Rome pour rétablir le calme. Le général Radet mena l’opération dans la nuit du 5 au 6 juillet. Mais c’est seulement 17 jours après, soit le 23 juillet, que Napoléon apprit l’arrestation et le déplacement de Pie VII en France. La preuve est qu’il continua à lui écrire sans être au courant de l’arrestation. Il en fut fâché car il n’ordonna jamais cela. Il reprocha au maréchal Murat d’avoir imposé des charges aux États romains.

Il aurait préféré l’arrestation du cardinal Pacca :

Je fais une grande différence entre le Pape et lui, d’abord à cause de sa qualité, et pour ses vertus morales. Le Pape est un homme bon, mais ignorant et fanatisé. Le cardinal Pacca est un homme instruit et un coquin, ennemi de la France, qui ne mérite aucun ménagement. Aussitôt que je saurai où se trouve le Pape, je verrai à prendre des mesures définitives.

Dès septembre 1809, Pie VII put bénéficier de 100 000 francs par mois et d’une garde d’honneur à la villa de Savone. Le 15 septembre, Napoléon décréta 200 000 francs à la disposition du ministre des cultes, pour assurer toutes les dépenses de la maison du pape, de l’entretien des cardinaux et des généraux d’ordre.

PIE VII EN VACANCES

Pie_VII-NapoleonJuste avant juin 1812, c’est à dire avant d’entamer la campagne de Russie, les Anglais furent devant Savone, prêts à débarquer. C’est donc pour une raison de protection que fut emmené – et non emprisonné – Pie VII au château de Fontainebleau. De nos jours, ses appartements luxueux sont ouverts au public. Nous sommes donc loin de la prétendue « séquestration » dans un cachot.

Le 25 janvier 1813, Napoléon et Pie VII signèrent un nouveau Concordat. Le projet de demeurer à Avignon et d’exercer le pontificat comme par le passé fut proposé.

Le 10 mars 1814, pendant la campagne de France, Napoléon ordonna la conduite de Pie VII aux avant-postes napolitains pour rejoindre Rome.

À L’AUMÔNIER CATHOLIQUE

Pour tenir de tels propos mensongers à un grand journal quotidien, l’aumônier catholique n’a sûrement pas travaillé sur les correspondances d’époque.

On apprend également que les dialogues entre le général Radet et son épouse ont été imaginés, ainsi sa « biographie » devient romancée.

Et en « meilleure caution qui soit », selon l’expression de l’aumônier catholique, une préface du « pape de la Napoléonie » alias Jean Tulard.

Disons-le virilement, l’aumônier catholique aurait dû rester à sa place, alors rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.


Sources : Correspondances de Napoléon 1er

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2 Réactions

  1. labadie 23 février 2013 at

    Ah ! Il y aurait besoin de beaucoup comme le manager du Carré Impérial

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  2. Riboulet Jean 14 mai 2015 at

    Dans les Misérables (Première partie « Fantine », Livre premier « Un Juste », chapitre XI « Une Restriction »), Victor Hugo affirme dans le 4ème paragraphe : « L’arrestation du pape eut lieu, comme on le sait, dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809 ; … ». Ainsi en 1862, année de la parution de cette montagne littéraire, cet événement était connu. Hugo semble ne pas avoir de doute.
    Merci pour cette page d’histoire.

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