5 IDÉES REÇUES SUR LA CAMPAGNE DE RUSSIE

Des idées reçues au sujet de la campagne de Russie de 1812 sont encore présentes dans les esprits. C’est l’occasion de rétablir la vérité historique…

1 – « Napoléon est resté trop longtemps à Moscou (14 septembre au 19 octobre 1812) »…

Campagne de russie 1812Certaines unités ont quitté l’Espagne pour se rendre en Russie. Au début de la campagne, de nombreuses marches rapides ont eu lieu. Faire ces marches, avec un sac bien chargé sur le dos et un fusil de plusieurs kilos, était déjà une prouesse. À cela, on y ajoute des combats. Les blessés et les malades avaient besoin de soins et de repos.

La période d’un mois à Moscou était donc nécessaire, et Napoléon en a profité pour remettre de la discipline dans chaque corps d’armée.

2 – « La logistique a été négligée, le manque de nourriture et de ravitaillement est à l’origine du désastre »…

Pain-1812Napoléon aurait-­il négligé de faire de grands magasins ?

Il y en avait à Minsk, à Wilna, à Witebsk et à Smolensk ! Et ils ont été utilisés entre juillet et novembre 1812.

Le manque de pain est souvent pris comme argument, et les « experts » à ce sujet ne disent pas que le pain était la base du repas et l’accompagnement de la soupe.

Comment les soldats auraient pu tenir les longues marches et les combats sans manger ?

Napoléon a donné l’ordre de construire des fours à pains et biscuits dès qu’un corps d’armée arrivait dans une ville. Il a donné des instructions précises sur le nombre de rations par jour. Aussi, chaque unité était suivie par des troupeaux de bêtes (bœufs par exemple) qui fournissaient la viande.

En novembre 1812, les magasins de Minsk et Witebsk sont tombés « bêtement » aux mains des Russes, et celui de Smolensk a dû fournir des rations aux unités qui transitaient, comme par exemple les escortes de prisonniers, le 9e corps de Victor et les blessés envoyés à l’arrière.

3 – « Il y a eu de nombreux déserteurs »…

Deserteur-russie

Pas la peine de chercher, il n’y a pas de chiffre. Il y en a sûrement eu, mais la plupart des « experts » ont la fâcheuse habitude de prendre les effectifs théoriques du début de la campagne, et de les déduire des différents appels pour conclure que la différence est soit des déserteurs ou soit des hommes tués pendant les batailles.

Prenons l’exemple du bataillon de Neuchâtel qui dépendait du maréchal Berthier, major général de la Grande Armée : cette unité était partie le 30 juin 1812 de Besançon, avec 1027 hommes. Le 18 juillet à Bamberg, il n’y avait plus que 668 hommes et 184 hospitalisés ; pourtant, pas un seul cosaque rencontré ! Quand on prend en compte les diverses maladies ou blessures, on pourrait même être surpris par le nombre d’hommes laissés dans les hôpitaux…

Comment penser que des hommes en uniforme, sans moyen financier important, auraient pu retourner seuls dans leur pays ? Alors que dans chaque ville, ils pouvaient être interpellés par les gendarmes.

Déserter pour être condamné à vivre caché, sans espoir de revoir son pays et avec la double menace de se faire arrêter soit par les gendarmes ou soit par les Russes, n’était pas une solution.

Au contraire, les soldats n’avaient pas le sentiment de risquer leur vie, l’armement de l’époque blessait plus qu’il ne tuait. Faire la guerre était largement compensé par la possibilité de s’enrichir, faire les poches sur les champs de bataille, mettre la main sur un butin, ou par la possibilité de s’illustrer et d’être récompensé.

Et côté russe ? On ne parle jamais du comportement des Russes dans la province de Lituanie qui faisait partie de l’Empire russe. Les habitants y étaient traités comme dans une province ennemie et l’enrôlement était forcé. De nombreuses émissions sur la campagne de Russie ont été diffusées et les « experts invités » n’ont jamais parlé des déserteurs polonais de l’armée russe. Les Uhlans polonais ont quitté l’armée russe pour rallier les régiments polonais de la Grande Armée. Il y a eu le ralliement des Lituaniens, et la mise en place d’unités combattantes comme les Tatares lituaniens, le troisième régiment de chevau­légers de la Garde impériale, la constitution de six régiments d’infanterie et de quatre régiments de cavalerie.

4 – « Napoléon, au passage du fleuve Niémen, avait une supériorité numérique écrasante »…

Russie - 1812On se rend compte que les effectifs sont toujours pris à posteriori et qu’ils sont gonflés pour expliquer la retraite des Russes. Or, si les Russes se sont repliés, c’est parce qu’ils se sont laissés surprendre et que leur disposition le long de la frontière était mauvaise.

La vérité est que la Grande Armée de Napoléon et l’armée russe devaient avoir des effectifs comparables, et que chacune a reçu des renforts tout au long de la campagne (voir effectifs sur le Niemen-Russie).

5 – « Il y avait beaucoup trop d’étrangers dans la Grande Armée »…

Le général Marbot et quelques « experts » ont prétendu que « le grand nombre d’étrangers était un facteur pour expliquer l’échec de la campagne et que les ressources nécessaires pour nourrir une telle armée auraient été économisées, si seulement les unités françaises avaient participé à la campagne ».

Ces avis ne font pas beaucoup honneur au courage des unités étrangères. Elles se sont pourtant très bien comportées. Les Portugais ont très bien combattu à Smolensk, la brigade Fournier et le 3e régiment de grenadier de la Garde (hollandais) se sont sacrifiés à la Bérézina, etc.

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